Sa motivation permanente et son attachement pour l’art l’ont conduit à acquérir une profonde connaissance du monde de la peinture et dans le but de compléter sa formation, il effectuait des visites régulières dans des musées et des galeries de différentes expositions de toiles et de sculptures. « C’est à Paris que j’ai vu pour la première fois des artistes de différentes nationalités issus de différentes écoles peindre devant mes yeux, à découvert », nous a avoué Khellaf. En 1979, il revient en Algérie et plus précisément à Béjaïa, non loin de son village natal Mazakouane, avec l’espoir d’aller très loin dans sa vocation sans trahir les pas et les traces de son artiste préféré le Français Etienne Dinet.
Malgré les obstacles qu’il a rencontrés sur son parcours, il continue toujours à manier son pinceau avec dextérité. Ses toiles et ses tableaux sublimes reflètent son attachement aux traditions ancestrales surtout celles des Kabyles, tirer du fond des terroirs, dessiner avec soin et respect en utilisant une peinture sobre et simple, des œuvres qui représentent des paysages de la belle Kabylie entre autres « Le village kabyle », « Le moulin manuel », « La maison berbère ». Il a participé à plusieurs expositions entre autres le Festival international de la peinture de Souk Ahras (en 1986), les journées « arc en ciel » des arts et cultures de Guelma. Il a représenté la wilaya de Bgayet lors des journées culturelles à Sétif (en 1997) et d’autres expositions-ventes dans la wilaya d’Alger et à Bgayet il a déjà donné des cours de dessin à la maison de la culture de Bgayet avant qu’elle soit incendiée pendant les évènements qu’a connu la région en (2001). « C’est le jour même où j’ai fait le deuil de mes tableaux qui étaient exposés dans la maison de la culture : j’ai perdu plus de 48 millions de centimes et je ne suis pas indemnisé jusqu’à ce jour et pourtant » ironise Khellaf.
C’est la raison pour laquelle il s’est renfermé sur lui-même pendant plus de deux ans. Aujourd’hui à 60 ans, il est toujours passionné de peinture, malgré son âge il peint continuellement « c’est dans mon sang que ça se passe, j’ai été contaminé par un vieux qui faisait à l’époque coloniale à Bougie des portraits avec son crayon, depuis j’ai attrapé le virus pictural », nous a confié Dda Khellaf et il continue « comme vous voyez, là je me suis consacré à la sculpture sur bois, d’ailleurs je vais bientôt achever un coffre kabyle (afniq) scuplté sur les côtés par des images de nos ancêtres (Jugurtha, Youva, Fatma n’Soummer et d’autres personnalités », bien sûr avec l’aide de ses deux élèves Omar et Saïd, deux jeunes passionnés de peinture et de sculpture qui veulent à tout prix prendre le relais de leur maître.
Son rôle dans la société en tant qu’artiste est toujours omniprésent sur ses toiles, il s’exprime à l’aide de son pinceau et sa peinture, on trouve dans son atelier des tableaux qui représentent les souffrances d’une femme torturée, humiliée par le regard et le jugement impitoyables de la société. « Un artiste doit défendre les valeurs humaines et le respect d’autrui et il est temps de tordre le coup aux idées qui détruisent notre société à tous les niveaux » nous dira Khellaf avec émotion.
Hachemi Bendjider
