Plus d’un siècle de torture, de souffrance et de larmes. Un peuple a cru enfin retrouver ou bien arracher ses droits outragés et sa liberté transgressée ; il a cru pouvoir enfin aspirer à se délecter du mot magique « paix » et à goûter le sens de ce terme ensorcelant « liberté » ; il convoitait de jouir de ses yeux qui avaient tellement versé de larmes que maintenant elles sont devenues quasi taries, d’un pays s’ouvrant à un présent prospère et meilleur …Un grand Hélas, son destin fut autrement décidé ; la haute puissance lui réserva des jours extrêmement attristants …et Mouloud Mammeri nous expose sa vision par le regard de Mourad ;un jeune journaliste et ancien révolutionnaire dans une traversée…
C’est une traversée qui a pris beaucoup de temps pour atteindre l’oasis ;une longue marche parsemée de dangers et d’impedimenta et comme d’habitude ce sont les héros qui furent chargés de déblayer les chemins ; lutter contre les hyènes qui les surprenaient le plus dur étant d’échapper aux mirages du désert ; derrière eux ; les caravaniers qui les suivaient scrupuleusement pour ne pas les perdre de vue » dès qu’elle les perdait de vue ; elle hâtait le pas pour garder le contact, affolée à la pensée qu’elle pourrait rester orpheline d’eux avant l’heure… « Et simultanément ils pensaient à la manière de se débarrasser d’eux après que cette traversée atteindra son terme « les plus malins disaient qu’il suffirait d’abandonner les héros aux pièges féroces de la paix ; les politiques, qu’il fallait encenser les héros, les couvrir de bijoux, et aussi (car sait-on jamais où la nostalgie peut conduire un héros !) leur mettre au cou une jolie chaîne d’or…jolie mais solide. Les plus prodigues voulaient qu’on les nourrisse aux frais de l’Etat. »
Une fois l’oasis atteinte ; il y avait parmi les héros, ceux qui la désertaient et ceux qui succombaient sans raison » …de ceux-là on disputait leurs os aux chacals dans les dunes, et on les ramenait dans les cimetières fleuris, que l’on avait spécialement aménagés pour eux. » Après leur disparition médiocre, ils furent bientôt remplacés par d’autres héros spécieux qu’on appelait les épigones prétendant qu’ils étaient les vrais Moïses salvateurs, que c’était grâce à leur courage et héroïsme qu’ils avaient atteint l’oasis et pour enchanter et bercer les oasiens, ils leur inventèrent des fables « la recette était très simple. Le peuple, dirent les sorciers ne vit pas seulement de pain, il aime les fables.Il faut leur en inventer. » C’est une traversée prémonitoire qui fait allusion à un système dévoyé et morbide qui métamorphose les rêves en cauchemars ; les espoirs en désespoirs et le goût de vivre en un déplaisir et un dégoût de survivre…en fait ; ces épigones qui ont effacé la trace des héros dont la mort nous rappelle celle de nos preux révolutionnaires ont pu suivre ce chemin étroit comblé de trahisons et d’hypocrisie, pour faire de cette terre une rose au milieu des ronces qui piquent toute main qui tente de la cueillir pour se gorger de sa splendeur ; ce système maladif est un ouragan qui emporte avec lui à chaque fois, les insurgé qui refusent la dynastie de la tyrannie et tout lspreux qui luttent pour voir ce pays fleurir et connaître des jours meilleurs. La caravane est indubitablement le peuple qui navigue dans cette mer de tourments mais en fait un peuple est éternel, par contre les protagonistes ou les dirigeants passent sans retour comme un cheveu qu’on rejette dans l’air et qy’on suit d’un souffle car quel que soit le mal que charrie ces forces du mal viendra certainement le jour ou émergera la vérité des tréfonds de cette terre où la chaleur qui en émane est outrepassée par le froid glacial que dégage ce système.
Mourad ; ce journaliste s’est fait l’apôtre de la vérité et de la justice ; la boulimie de réparation qui consume ses veines menée du prestige du vaste désert et la liberté convoité par les jeunes Touaregs qui voulaient tous devenir des chauffeurs rien que pour être libres ; lui avaient montré combien notre vie est dérisoire ; combien nous sommes ingénus comme un troupeau de vivre dans les mensonges.
Le destin de Mourad fut à l’instar des héros » le destin des héros est de mourir jeunes et seuls » et ce fut à Tasga qu’il paya son tribut à la nature d’une fièvre et c’est les vieux du village qui ont trouvé son corps glacé sur les dalles de Taasast…
S.A.
