Une commune face à son destin

D’une superficie de 68,40 kms2, elle est constituée à 90% de reliefs accidentés parfois boisés et escarpés, et encerclée en haut par une pinède et en bas, elle a les pieds dans l’eau de l’oued Boussellam, l’affluant de l’oued Soummam, qui la longe sur plusieurs kilomètres. Cette contrée de la wilaya de Béjaïa, de population de 6500 hab. a croisé son destin qui la fait sortir de sa léthargie et des souffrances endurées, grâce au découpage administratif de 1984 qui lui a donné l’avantage, même en étant un village, d’être élevée au rang d’une commune avec l’affectation de 7 villages (Bicher, Boutouab, Toufirth, Tizi Aidel, Thassira, Taourirth et Boukerdous). Depuis, tout le monde s’y était mis pour rattraper le retard accumulé durant des décennies. Le seul credo des villageois est le souci permanent de développer leur commune. Les efforts conjugués entre l’Etat qui de tout temps a répondu présent, et la population locale, ont fait de cette commune la contrée la plus propre de la wilaya. Cette propreté est perceptible dès qu’on commence à emprunter la route qui mène vers ces localités. Pentue sur environ 3 kms jusqu’au lit de l’oued Boussellam qui est traversé par un pont neuf, celui laissé, par la colonisation, est utilisé pour la traversée à pied.

Pinèdes et maisons anciennesDe ce pont, commence l’ascension, sans répit sur près de 8 kms jusqu’à atteindre la ville qui languit au soleil de printemps et qui charmait le visiteur avec un panorama fait de végétations, de pinèdes, et des maisons anciennes aux couleurs bigarrées construites avec de la pierre locale. Cette route atteste de l’importance qu’accordent ses habitants à la sauvegarde de l’environnement qui ne semble pas être un vain mot. Aucune canette de bière vide, ni sachets noirs ou détritus quelconques ne se trouvaient sur les accotements et la chaussée est bien bitumée et n’est entachée d’aucun nid-de-poule aussi minime soit-il. Dans le domaine de la scolarité des enfants, hormis la fermeture de l’école de Toufirth pour manque d’enseignants qui fuyaient la localité dès leur arrivée pour manque de conditions d’accueil, les autres localités possèdent toutes une école primaire. Pour le transport des collégiens des villages au seul CEM existant au niveau du chef-lieu communal, la municipalité a déployé de grands efforts en mettant à la disposition des écoliers un minibus et quatre fourgons. « Tout cet arsenal mobilisé s’avère insuffisant et il arrive que les véhicules fassent deux rotations les matinées pour ramasser tous les élèves », affirme, Kherbouche, secrétaire de la mairie. « Nous déplorons la fermeture cette année de l’école de Toufirth pour manque d’enseignants qui sont souvent affectés des régions lointaines et qui abandonnent en raison de l’éloignement… Aussi, même l’école de Boutouab n’est pas en reste : elle est fermée au début de cette année pour les même raisons et il a fallu l’intervention des notables du village et des parents d’élèves qui ont fait moult interventions en proposant un enseignant de la localité pour que celle-ci soit réouverte », poursuit notre interlocuteur. Les populations des villages souffrent aussi des manques de centres de soins. Hormis le chef-lieu communal qui est doté d’un centre de santé fonctionnant avec un médecin généraliste et deux infirmiers, et le village Bicher qui est doté aussi d’une salle de soins que gère un seul infirmier, les autres villages en son dépourvus. Les malades de ces localités se déplacent vers le centre de Tamokra ou à l’hôpital d’Akbou pour des soins. « Nous regrettons la fermeture depuis environ 10 ans du centre de soins de Tizi Aidel qui affiche aujourd’hui une image hideuse en raison de son délabrement et aussi l’absence d’une ambulance pour le centre de santé de la ville de Tamokra. Plusieurs fois, les malades sont transportés dans des voitures banalisées », tient à rajouter, M. Kherbouche. L’eau, cette bête noire des villageois, surtout en été, semble être maîtrisée. Beaucoup d’efforts ont été consenti dans l’alimentation en cette denrée rare des populations. « La municipalité, pour alimenter les villages, a réalisé trois forages au niveau de l’oued Boussellam, mais les pompes hydrauliques s’usent facilement en raison de l’altitude des localités et les réparations coûtent très chères à la commune », tient à souligner notre interlocuteur. Les télécommunications, sont ce qui manque le plus. Le chef-lieu est doté d’une radio locale qui a cessé de fonctionner normalement depuis 2003, entraînant ainsi la mise hors service de la visionneuse du bureau de poste. Néanmoins, un projet RSS de 512 lignes est en cours de réalisation. « La municipalité a mis à la disposition de l’Actel de Béjaïa un local pour l’installation du central, mais les travaux de la ligne principale qui ont débuté depuis juillet 2003, n’ont pas encore été achevés », fulmine-t-il. Ceux qui souffrent le plus dans cette commune sont les jeunes. Pour les loisirs, ils se déplacent à Akbou pour voir un film, surfer ou pratiquer une activité sportive. « Le chef-lieu communal possède en tout et pour tout, une voûte, néanmoins une aire de jeux de proximité est en cours de réalisation », tient-il à souligner. Pour l’habitat, la commune n’a jamais bénéficié de logements collectifs et les aides aux logements individuels ont cessé d’être attribuées depuis 2002 en raison des subventions accordées dans le cadre du séisme de l’année 2000.

700 sinistrés« Dans ce domaine, la commune a enregistré 700 sinistrés dont 410 ont bénéficié de subventions : 69 dans le cadre collectif et le reste dans le cadre individuel. Cinq ans après ce séisme, les propriétaires de logements dans le cadre collectif n’ont pas encore pris possession des habitations qui ne sont achevées qu’à 50% et certains bénéficiaires des logements individuels traînent dans les travaux de construction en raison du non versement des dernières tranches des subventions », précise le secrétaire général. Dans le cadre du PNDDRA, la municipalité a enregistré une forte demande, 400 dossiers ont été déposés, 70% environs sont acheminés à la commission de daïra et le reste est en cours d’études au niveau des services de la municipalité. Au jour d’aujourd’hui, 55 demandes ont été accordées, avons-nous appris de notre interlocuteur. Région touristique mais aussi à vocation agricole où il est quasiment impossible de voir une parcelle de terre non travaillée, beaucoup d’agriculteurs ont bénéficié de l’aide de l’Etat, malgré que certains se plaignent de l’insuffisance des enveloppes allouées. Enfin, dans la notification des subventions relatives aux PCD de 2005, l’Etat a accordé un avantage à cette commune en l’alignant sur les autres en lui accordant un montant de 9 000 000,00 de DA destinés aux aménagements des routes et ruelles, ainsi que la réparation de l’éclairage public, mais notre interlocuteur affirme en connaissance de cause que « cette consistance budgétaire est loin de refléter la réalité économique, car la commune est démunie de toute autre ressource que les subventions de l’Etat ».

L. Beddar