En 1911, l’Ecole des lettres change de statut pour devenir la Faculté des lettres d’Alger. René Basset en sa qualité de doyen, fut choisi par ses pairs pour être le premier responsable de cette grande faculté. Bien qu’il était diplômé de plusieurs langues (arabe, turc, persan), René Basset a choisi de s’investir corps et âme dans la recherche berbéristique.Pour ce faire, il n’a pas hésité à parcourir tout le sud algérien, Touat, Gourara, Tamanrasset afin de rencontrer les populations locales et étudier leurs langues, moeurs religions etc…C’est ainsi que nous lisons dans l’introduction de sa Lexicographie (page 5) que la population primitive de ces oasis, était probablement de race noire ou brune et peut être rattachée aux Woulofs ou au Foulahw du Sénégal actuel.Il justifie ses conclusions par la similitude du dialecte parlé par les populations de ces oasis à des phénomènes phonétiques dont seul use le peuple woulof et quelques populations du Soudan.Tamazight ayant arraché son statut de langue nationale, des bulletins d’informations sont diffusées à la radio nationale, selon les différents parlers qui constituent la langue-mère : tamazight. Le livre en question vient à point nommé pour élucider certains caractères du parler sahraoui. C’est ainsi que nous lisons (page 24) que la caractère distinctif des dialectes du Touat et du Gourara est constitué de consonnes prononcées par les populations autochtones et aux origines diverses. Dans le dialecte du Ghat, les dentales sont souvent mouillées. Par exemple, le T (avec un point souscrit) correspondant au T (sans le point souscrit) des autres dialectes, de même que le D (avec un point souscrit) qui correspond au D (sans le point souscrit)…On y retrouve aussi des pages consacrées au vocabulaire et même à la grammaire du Gourara et du Touat, comparé parfois au parler du Djurdjura (kabyle). Les racines des mots dans la plupart des cas sont les mêmes. Nous citons pèle-mêle : ifer (aile, afri dans le Timimoun, afrioui dans l’Ouarsenis, afer dans le Haraoua et Ifer en Kabylie.Imi (bouche) in dans Djebel Nefoussa, Ouargla, Harakta, Haraoua, Ouarsenis. Si vous êtes de passage dans notre grand Sahara (Kibdana, Bet’ioua, Tensaler, Béni Ouraren, Bet’ioua d’Arzew, Ouarsenis, Haraoua, Harakata et que vous avez soif, demandez simplement aman. L’hospitalité légendaire fera le reste.Itri (étoile) se dit : traouen dans Haraoua, Ouarsenis, Belhalima etc.Fer, ouzzel dans le Gourara, ouzzal dans le Touat, Haraoua, Bet’ioua du Rif, Guelaïa, Temsamin, fer a donné par la suite le nom amzil qui signifie (forgeron), travailleur du fer.Des exemples tels qui ceux que nous venons de citer montrent que la langue amazighe constituée de ses différents parlers locaux (dialectes) est une. Elle peut un jour (si ce n’est déjà fait) être reconstituée à l’image d’un puzzle pour ne former à la fin de la laborieuse tâche qu’une seule et unique langue, qui sera le fruit à cueillir des futures générations.Dans le chapitre consacré aux spécimens des textes et dans le dialecte de timisakht, on peut lire plusieurs fables dont l’origine remonte jusqu’à Esope, qui sera repris par La Fontaine, à son tour traduit ou adapté par plusieurs auteurs en tamazight. On peut y lire la fable « Le ventre et les pieds » qui se disputent pour savoir lequel des deux porte le poids de l’homme. Aucun des deux s’ils ne se complètent pas. Une autre fable est consacrée à deux chacals qui voient dans une rivière une peau d’âne. Ils décident de boire toute la rivière pour trouver la peau. Ils meurent. C’est dans le dialecte timenti que nous retrouvons cette fable. Dans le dialecte tiaffat par contre, on peut lire une autre fable non moins intéressante. Elle nous fait penser à la Poule aux œufs d’or du fabuliste Jean de La Fontaine. Sauf qu’ici les œufs sont en… argent ce qui ne diminue néanmoins en rien de la valeur littéraire du texte (rire).Dans le chapitre consacré à l’argot du M’zab, René Basset a recueilli beaucoup d’expressions argotiques ou métaphoriques, des poètes et colporteurs du Djurdjura qui ont connu un brassage réussi avec le parler quotidien mozabite.L’auteur regrette que ce genre de communication soit si restreint, sinon il permettrait de « saisir le vif caractère d’une classe et souvent d’une nation ».Le recours à ce genre de parler « codé » est justifié par le fait que les Mozabites et les Kabyles soient obligés de vivre au milieu des populations étrangères. Elles utilisent par conséquent, selon Basset ce langage secret mêlé d’arabe et de berbère, compris par les seuls initiés, comme par exemple Bou Imezughen pour parler de l’âne.Dans une introduction aux Notes de lexicographie de René Basset publié pour la première fois en 1888 à Paris par l’Imprimerie nationale Abderahmane Hirèche, directeur d’un collège aujourd’hui retraité, explique le pourquoi à cette réédition.Lisons-le : « Le lecteur découvrira si besoin était, l’unité de la langue amazighe marquée par une homogénéité léxicographique évidente malgré les variantes dues aux facteurs historiques et géographiques dont la durée et l’étendue ont maintenu les groupes amazighophones loin des uns des autres. L’étude de la langue amazighe, langue de nos ancêtres est en réalité une condition de succès pour les jeunes scolarisés auxquels elle peut assurer un sentiment d’égalité dans un système scolaire pour le moment discriminatoire ».
M. Ouanèche
Notes de lexicographie berbère par René BassetEditions Gurya Ouadhias2000, pour la rééditionEditions imprimerie nationaleParis, 1888 pour l’édition originalePrix public : 138 DA
