La mendicité, un «métier»

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Bastion de la Soummam où se déversent les populations de plusieurs régions de Kabylie, Sidi Aïch connue depuis la nuit des temps comme refuge et rendez-vous des malades mentaux se voit depuis quelques années infliger le caractère de la ville des mendiants. La mendicité, ce qualificatif qui hantait par le passé le quotidien de pauvres gens fait malheureusement de nos jours la fierté de ceux qui en font une profession.«Je m’en sors pas mal, en tout cas, je récolte deux fois mieux qu’un journalier», dira avec aisance cet habitué des artères de la ville et des allées du marché. Le mercredi, jour du marché hebdomadaire, nul passant ne peut échapper aux regards des quémandeurs qui encombrent de bonne heure le vieux pont. On y trouve des jeunes filles et garçons, des femmes en compagnie de bébés et d’enfants de bas âge, des vieillards et même des malfaiteurs en haillons «spécial mendicité». A chacun sa méthode, certains étalent des mouchoirs, d’autres tendent la main ou une assiette pendant que les moins jeunes mettent en gêne les passantes lesquelles de contre-cœur offrent l’aumône histoire de se débarrasser de ces fauteurs de troubles. Les placettes publiques, les allées du marché et les trottoirs sont aussi encombrés par cette catégorie de gens qui font du porte-à-porte des commerçants. Cette dernière pratique est le quotidien de ces vulgaires prétendues voyantes affluant d’ailleurs, déposées par des taxis et des véhicules de luxe à proximité des villes et villages de Kabylie pour venir les récupérer aux mêmes endroits tard dans l’après-midi. Brandir une ordonnance, une fiche familiale chargée, écrire une pancarte, ce sont autant de nouvelles pratiques de «métier» auxquelles sont confrontés les citoyens en mal de differencier et de reconnaître les véritables nécessiteux frappés par le chômage, la séparation des parents, le revenu insuffisant, la maladie, et j’en passe.C’est dire que la genèse de ce terrible et terrifiant phénomène d’ordre multidimentionnel prend de plus en plus de l’ampleur jusqu’à gagner toutes les régions de Kabylie.

N. Yakouben

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