Depuis le début du mois de mars, la terre est dans une attente désespérée d’éventuelles gouttes de pluie qui feraient revivre la végétation et croître les épis de blé et d’orge qui languissent sous les coups du sirocco et du soleil. En effet, après les fortes pluies hivernales qui ont été suivies d’unes neige verglacée qui a fortement endommagé les oliveraies de la région, le ciel de Bouira s’est montré d’une sécheresse qui commence à inquiéter sérieusement la corporation des producteurs de céréales. Terres emblavées majoritairement de céréales (blé tendre, blé dur, orge, avoine), les espaces agricoles des plaines de la wilaya de Bouira ont eu à peine le temps de voir émerger la graine du sol. Actuellement, certains épis ne dépassent pas les 10 centimètres sur un sol complètement desséché, et signe révélateur, en voie de fissuration. Les sols argileux de la dépression centrale (allant de Aïn Bessem au plateau d’El Asnam) se sont en effet crevassés à plusieurs endroits laissant voir parfois les racines des jeunes plants. La situation a été aggravée au cours de la semaine passée par un temps lourd, sec et venté généré par le redoutable « guebli », le sirocco. Les mêmes cultures de céréales ont été affectées l’année passée par le phénomène de la rouille, une maladie cryptogamique qui a mis à néant plusieurs milliers d’hectares, particulièrement de blé tendre. L’état de fragilité dans lequel se trouve la filière céréaliculture dans la wilaya de Bouira n’est pas dû uniquement à la fatalité de la mauvaise répartition des pluies. Pour les techniciens du secteur, il y a lieu de remettre en cause les méthodes culturelles lesquelles, jusqu’à présent, se contentent du minimum d’opérations primaires que sont les semailles et les moissons. On pointe du doigt la préparation insuffisante du sol qui se reduit au labour superficiel avec un simple cultivateur. Il en résulte que les racines du blé ne trouvent pas de terre meuble qui leur permettrait de s’enfoncer dans le sol pour rechercher l’humidité nécessaire à la survie de la plante en cas de sécheresse. De plus, en s’enroulant sous forme de chignon, les racines condamnent la partie aérienne (épis et grains) à une fatale atrophie (principe de l’équilibre entre la partie souterraine et la partie aérienne connu en physiologie végétale). L’autre facteur technique aggravant l’effet de la sécheresse est, sans aucun doute, le désherbage insuffisant ou carrément inexistant. Il est établi depuis la nuit des temps que les mauvaises herbes (moutarde sauvage, brome, folle avoine) font subir une terrible concurrence aux céréales en matière de consommation d’eau, de matiére organique et de sels minéraux. Dans la partie de l’extrême sud de la wilaya, le problème est encore plus grave, puisque même les pâturages naturels des parcours pré-steppiques sont réduits à la portion congrue : chétif couvert végétal sur des sols dégradés par l’érosion et le surpâturage. Cela a conduit les nomades et semi-nomades des wilayas de Bouira et M’sila à venir installer précocement leurs quartiers sur les terres du nord de la wilaya. Ces « Achabas », comme on les appelle, ici, sont reconnaissables par leurs tentes érigées en chapiteaux devant lesquels sont installés de vastes enclos abritent des troupeaux d’ovins. Dans l’ensemble, la production agricole de la wilaya de Bouira pour l’année en cours est appelée à connaître une régression certaine du fait que les deux produits principaux de cette région, à savoir l’olivier et les céréales, sont largement affectés par des aléas qui en réduiront les rendements.
Amar Naït Messaoud