Connue pour être un fief des activités culturelles, politiques et syndicales estudiantines, la faculté des sciences sociales de Bouzaréah n’arrive pas, cette année, à sortir de sa torpeur. Enfin, pas pour le moment. Un climat d’apathie pèse sur les étudiants. Où sont passées les semaines culturelles et les manifestations hautes en couleurs qui jalonnaient toute l’année ?
Aucune activité syndicale ou culturelle digne de ce nom n’est organisée durant cette saison, excepté quelques tentatives de redéploiement a priori sans lendemains.
Les étudiants rencontrés sur les lieux sont catégoriques quant aux problèmes qui pourrissent leur quotidien. Ils se disent incertains quant à l’avenir de ce genre de manifestations, avant d’ajouter que leurs droits sont pourtant bafoués : leur conditions d’hébergement, de transport et d’études sont précaires ou du moins mal assurées, joignant à cela le manque crucial d’infrastructures devant abriter des manifestations culturelles et sportives.
«La division nous a menés à cette situation», les âpres conditions socio –pédagogiques dans lesquelles végètent les étudiants aussi, lance avec amertume Karim, étudiant en 3e année, avant que son camarade n’enchaîne, dans le même sens, que le manque de volonté est dû, selon ses dires « aux clivages politiques qui nous désunissent ». Pour ainsi dire, travailler dans le sens d’adoucir cette triste situation et tirer la sonnette d’alarme quant aux conséquences de la désunion de ces dernières années doivent constituer notre priorité. Il ne faut pas « omettre le rôle de l’administration bureaucratique dans toute cette situation », car « on ne peut pas dissocier la crise que vit l’université de celle que vit tout le pays », tient a signaler Mahrez, qui ajoute que «les étudiants doivent remédier à cette situation et faire face aux différentes organisations satéllitaires ». qui selon lui « activent dans le sens de l’obstruction ».
« On se délectait tout au long des journées quand il y avait des activités ! », lance Wahab, tout en se rappelant les années ou la faculté des sciences sociale de Bouzaréah fut un carrefour des activités culturelles mêlant galas artistiques, représentations théâtrales, conférences et expositions sur des thèmes aussi riches que variés. En avril 2001, suite aux événements tragiques qu’a connus la Kabylie, l’université d’Alger était paralysée pendant plus d’un mois par les étudiants, et en parfaite osmose avec le mouvement de contestation qu’a connu cette région du pays. Même scénario, une année plus tard, suite à la visite du président de la République pour l’inauguration de la bibliothèque universitaire sise à Bouzarèah, une manifestation était organisée par les différentes associations pour exiger, entre autres, l’amélioration des conditions de vie de la communauté universitaire sur le plan social, didactique, pour une université de sciences et de progrès. Des revendications démocratiques aussi ont été au menu de cette contestation. Une vingtaine d’étudiants arrêtés et écroués à la prison d’El Harrach, après les émeutes qui ont marquées cette visite, pour être acquittés au bout du compte une semaine plus tard.
Le mouvement qui luttait pour la libération des détenus de 2002 a fait table rase des différents clivages politiques qui divisaient les animateurs du mouvement, Hakim, étudiant en poste-graduation philosophie dira que « la culture de mobilisation et l’esprit créatif sont absents » et il fait le parallèle entre les données sociales du moment et la situation de l’enseignement supérieur qu’il qualifie de « chaotique ». Sur le plan de la relève qui pourrait assurer un minimum en matière d’organisation estudiantine, un étudiant dira que « ce climat est un signe de mauvais augure » et il se réjouit d’avoir participer aux différentes activités organisées par l’antenne de la fondation Matoub Lounes à Bouzarèah. Qui a marqué de son empreinte l’histoire de l’activisme culturel à l’université d’Alger, sans oublier l’association solidarité et progrès qui ont aussi activé durant cette période.
Précédemment, les associations à la faculté de Bouzarèah au nombre de quatre activaient même avec le peu de moyens mis à leur disposition, mais il se trouve qu’aujourd’hui, seule l’association Nedjma fait des apparitions d’une période à une autre en essayant de maintenir la cadence des activités. Reste à savoir si les étudiants sont téméraires ou se laissent-ils tous emporter par ce vent de léthargie et de flemme qui souffle toujours à leurs trousses.
M. M.