Un milliard pour un mariage

Celui-ci montrait des signes de nervosité évidents. La magistrate voulait savoir si la structure qu’il présidait disposait d’un agrément « la loi impose l’obtention de l’agrément » fait savoir Mme Brahimi. L’inculpé répond sans trop convaincre que la banque avait un agrément. Chachoua explique que vu l’expansion des agences, il a fait appel à d’autres cadres pour créer cette structure de sécurité. Il rappelle au sujet de l’acheminement des sommes d’argent, que Moumen lui demandait de convoyer chez Akli Youssef, que Khalifa Moumen lui téléphonait des fois sur son portable et parfois le joignait sur son talkie-walkie. « Dallal Abdelwahab remonte au siège avec le sac des espèces avant de le lisser sur les escaliers », dit-il. La présidente intervient pour lui dire que ses propos contredisent ce qu’il avait dit dans le procès-verbal. Chachoua précise, à cet effet, que les sacs sont cadenassés et que clé était mise dans une lettre scellée. La juge veut savoir s’il est logique que Khalifa disposait de cet argent comme bon lui semblait. « Je ne cherchais pas à comprendre, j’exécutais des ordres », répond-il, en précisant n’être jamais aller à la caisse principale pour ramener de l’argent des mains de Akli Youcef. Toutefois, il soutient qu’il a eu déjà à faire ce travail dans d’autres agences. « Une fois, je suis parti avec Moumen Khalifa à Oued Essamar dans le cadre d’une mission. Là, Moumen m’a demandé de passer à l’agence d’El Harrach pour aller récupérer de l’argent. Il m’a remis un papier. J’ai trouvé le chef d’agence, Aziz Djamel, dans le hall de l’agence. Moumen qui était dans la voiture avait déjà téléphoné à Aziz., lequel m’a ramené un sac cadenassé », relate-t-il. La présidente de l’audience interroge : « Qu’y avait-t-il dedans ? ». « Des sommes d’argent que je n’ai reconnues que lors de la lecture du renvoi d’arrêt. Environ, deux milliards et demi de centimes », réplique l’accusé. Il dit que l’argent a été emporté dans une villa sur laquelle était écrit Siège El Khalifa. La présidente enchaîne : « Cette opération s’est-t-elle répétée par la suite ? ». Négatif répond Chachoua, en ajoutant n’avoir « jamais » tiré de l’argent de l’agence-bis de la caisse principale de Hussein Dey. Chachoua qualifie de « normal » le fait que Akli Youcef donne de l’argent à Moumen Khalifa sans écrits. A la question de savoir combien de voyages a-t-il entrepris vers l’étranger, Chachoua marque un silence avant de répondre : « Je suis parti à Bamako, deux fois aux USA, en Arabie Saoudite, et deux ou trois fois en France ». Le mot est lâché. Mme Brahimi revient à la charge : « Quelles sont les villes françaises ? ». « Cannes », finit par lâcher l’inculpé. Cette fois-ci, la présidente lui demande de savoir dans quel cadre et en quelle qualité. « Khalifa me l’a demandé. Je crois pour la protection ». La magistrate tente d’établir le lien de Chachoua, en tant que chargé de sécurité et des biens, et sa présence tout le temps et en permanence aux côtés de Moumen Khalifa. « Si vous voyagez dans le cadre d’une mission de protection, est-ce que cela vous donne le droit de vous mettre à la même table avec Khalifa et en compagnie de gens ? », demande la juge. Affirmatif, répond-t-il. Voulant le prendre au dépourvu, la présidente assène : « Votre relation n’est pas seulement une relation d’employé-employeur, mais une relation d’amitié ». Ce à quoi Chachoua invoque des relations familiales avec la famille de Moumen Khalifa. La juge estime que Reda Abdelwahab partait dans le cadre d’une mission de travail alors que lui, dans un cadre amical. L’accusé nie cette qualité et dit qu’il était là pour renforcer la sécurité. Dans le cadre de ces voyages à l’étranger, il citera les noms de Krim Smail, de Guellimi rencontré en France et aussi en Arabie Saoudite, de Mir Ahmed et Réda Abdelwahab. Mme Brahimi interroge Chachoua s’il a bénéficié d’un quelconque privilège de la part du golden boy algérien. « J’ai bénéficié d’un portable, d’une voiture de type Corrola en plus de mon salaire de 10 000 DA. Mais pas de prêt ni de cartes », énumère-t-il, avant d’indiquer que certains membres de sa famille travaillaient dans la banque Khalifa et Khalifa Airways. Il s’agit de sa sœur et de ses deux frères. Aux environs de 11h30, la présidente interrompit l’audience pour cinq minutes pour permettre à l’inculpé qui affichait des signes de fatigue, de reprendre ses esprits. A la question de savoir quelles sont ses relations avec l’équipe de l’USMB, Chachoua répond que le président de équipe, Mohamed Zaim, lui a demandé de servir d’intermédiaire entre lui et Khalifa pour les aider à faire le déplacement pour une rencontre de Football contre le WAT. « Le sponsoring, je ne suis pas concerné », se défend–il. La présidente du tribunal saute sur l’occasion et lui affirme : « Vous vous étiez présenté comme étant le président-directeur de la banque Khalifa ». La présidente de la cour interroge Chachoua sur sa relation avec Lakhdar Belloumi, l’ex-joueur de l’équipe nationale. « Je l’ai rencontré lors de la rencontre une fois ou deux de l’Algérie contre la France », se rappelle-t-il. Mme. Brahimi lui fait savoir que Belloumi a déclaré au juge d’instruction qu’il était en contact quotidiennement avec Chachoua et Djamel Guellimi, ami de confiance de Moumen khalifa. La juge intervient pour dire à l’adresse de Chachoua que sa qualité de responsable d’environ 900 agents de sécurité à travers le territoire national est antinomique avec sa présence lors de la signature des contrats de sponsoring. Revenant à la création de la structure de sécurité dont Chachoua est le premier responsable, la juge lui demande si cette structure-même était créée en vertu d’un agrément. Négatif répond l’accusé. A cette réponse, Mme Brahimi insiste sur le fait que devant l’absence d’un agrément, cette structure est sans autorité juridique et du coup, les agents y travaillant ne sont pas déclarés à la sécurité sociale. Sur ce, Chachoua rejette la responsabilité sur Khalifa Moumen. L’audience a repris dans l’après- midi avec la poursuite de l’audition de Chachoua. Ce dernier confirme être tenu au courant par l’ensemble des directeurs généraux adjoints concernant la réunion ayant regroupé Hammou Nekkache, Krim Smail, et Akli Youcef. Lors de cette réunion, le P-dg, selon lui, leur avait demandé de régulariser le trou de la caisse principale. Interpellé, Akli Youcef, DGA, affirme que tout le monde savait qu’il y a un trou dans la caisse. De son côté, le procureur général est intervenu pour savoir quel est le montant que Khalifa Moumen a déboursé pour la fête de mariage de Chachoua. Ce dernier, après un moment de tergiversations finit par lâcher : « 1 milliard de centimes ». Ne voulant pas lâcher l’accusé, le procureur redouble de questions à l’endroit de l’inculpé. « Un document mentionnant une somme de 385 000 dollars a été trouvé dans votre voiture », lance le procureur. Chachoua nie tout rapport avec ce document. Par ailleurs, le tribunal a fait appel à l’ancien président de l’USM Blida, entre 1996 et 2003, pour entendre son témoignage concernant le sponsoring de son équipe par le groupe El Khalifa. Celui-ci affirme avoir été sollicité par Abdelhafid Chachoua en compagnie de Belaid Kechad, directeur de l’agence de Blida pour lui proposer le sponsoring de l’équipe de la ville des Roses. Le contrat stipule que l’équipe de Blida porte l’insigne de Khalifa au dos et devant le tricot de l’équipe, dans le stade. La contrepartie, selon Zaim, est de permettre la retransmission des matchs de l’équipe en question et la prise en charge de tous les frais des joueurs entres autres, les salaires, les primes de matchs, la restauration, le transport… Zaim estime le montant du sponsoring à 3 ou 4 milliards de centimes avant de préciser que le salaire du joueur était de 2 parfois jusqu’à 5 millions de centimes. Zaim a révèle que Chachoua s’ingérait souvent dans la gestion du club. Mme Brahimi, pour sa part, demande à savoir en vertu de quelle qualité Chachoua s’était présenté de au bureau de Zaim. Ce dernier dit que celui-ci est venu en tant président du groupe Khalifa. Vers la fin de l’audience, une polémique s’est installée entre la présidente et certains avocats de la défense, lesquels se sont vus rejeter quelques-unes de leurs questions adressées au président de l’USMB. La juge répond qu’il lui revient de rejeter les questions lorsque celles-ci n’ont rien à voir avec le témoin.

Hocine Lamriben