« Les portes du soleil »

Sa poésie est d’une valeur littéraire indéniable. Elle fait partie des femmes de lettre algériennes qui ont réussi à publier leurs œuvres. Nassira Azouz, née Belloula, voit le jour le 13 février 1961 à Batna, cette belle région d’Algérie. Après avoir écrit son premier poème en1976, elle poursuit ce même et vieux rêve : celui d’écrire. Depuis, elle n’a pas cessé d’écrire.

La femme « sensible » sait exprimer ce qu’il y a dans les profondeurs de son âme. Ses poèmes sont amoureusement gardés, comme des pétales de roses gardées entre les pages d’un gros livre. Identification du poète et du peuple. A l’image de Kateb Yacine, ses textes bien ficelés nous invite, souvent, à un fabuleux voyage, un voyage loin des horloges.

« Pourquoi erres-tu femme

Entre les ruines,

De ton passé douloureux,

Les enfants pendus,

à ton sein maternel,

Comme une épouse répudiée,

Par le temps… T’aimer,

Pour espérer,

Aimer jusqu’à ton ombre,

Aimer jusqu’à ton désespoir…,

Mon ventre sec est brûlé,

Comme une feuille d’automne », écrit la poétesse.

On sent également combien Nassira Azouz fait sienne toute souffrance humaine. La vie prend un relief saisissant. Un frémissement de qualité parcourt les vers. L’auteur de les portes du soleil manipule parfaitement sa plume. On ressent sa sincérité. Peut-être que ses écrits ne sont dictés que par une très forte inspiration. Dans l’un de ses très beaux poèmes, intitulé le Mal de vivre, Nassira nous livre un printemps poétique :

« Les rêves la dévêtirent de sa peau

Et le silence s’agrippe à son ventre pétri de ses regards juvéniles

De ses yeux exorbités

Dans la rosée de ses yeux se baigne le fœtus de l’espoir

Conçu aux détriments des larmes avortées,

Les nuits submergées

De spectres errants

Où coulent comme des chacals affamés

Les rêves absurdes

Qui l’enfoncent chaque jour dans les marécages du quotidien.

II y a dans ses pupilles fiévreuses

La solitude immense qui épie dans chaque ruelle,

À l’ombre des ombres mystérieuses, le flot des corps pétris

Par le mal de vivre », écrit Azzouz. Le lecteur de ces passages ne peut qu’être envoûté par la force des mots. Des mots, pourtant si simples mais si profonds.

« Egarée dans l’attente décortiquée par le temps, enchaînée aux tabous, elle roule ses espoirs dans un tamis troué.

Sous sa fenêtre

Il n’est plus revenu ce grand brun qui lui coulait

Des heures paisibles,

Mais lui aussi

Ne reviendra plus dans la cité

Aux débris d’aliments de poubelles renversées dans les ruelles sombres.

Il usera

Ses cordes vocales

En chantant de vieilles rengaines de chaâbi

Il plonge ainsi

Dans l’oubli de la fille

Aux cheveux d’ange.

Les doigts

Se grisent sur les cordes chaudes de son instrument pour ne pas tâter ses poches vides », ajoute la poétesse. Ecrire signifie aussi être à l’écoute des femmes et des hommes qui souffrent et qui peinent à se retrouver dans un monde aux multiples labyrinthes. Lorsque l’écrivain et surtout le poète tentent d’exprimer leurs idées et leurs sentiments sans calculs, c’est dans ces circonstances que naissent les plus belles œuvres littéraires. Cependant, quand l’artiste s’invente des subterfuges pour une raison ou une autre, son travail s’éloignera davantage de la vraie création. Aujourd’hui, certains éditeurs demandent à des écrivains renommés de leur écrire des livres selon des mesures bien définis. Peut-on parler d’artiste, au sens propre du terme, lorsqu’il n’est plus lui-même et qu’il se consacre à plaire aux autres ?

Yasmine Chérifi