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La corne d’abondance

On raconte dans la mythologie grecque que Zeus, étant encore enfant, fut confié par sa mère à la chèvre d’Amalthée. En jouant avec le caprin, l’enfant lui cassa une corne. Plus tard en régnant sur l’Olympe et pour se faire pardonner, Zeus donna à cette corne le pouvoir d’abonder de fleurs et de fruits. Ouverte depuis trois semaines au tribunal de Blida, l’affaire dite ‘’Khalifa’’, mais qui semble impliquer de nombreuses personnalités, laisse à penser que la chèvre d’Amalthée se serait faite écorner au pays de Khalifa. La corne d’abondance qu’était Khalifa pouvait en effet, avec l’argent des banques, des entreprises publiques, des OPGI, de la CNAN et autres importants organismes étatiques, généreusement soigner son image de marque en s’entourant de célébrités et personnalités. Certes la question qui titille toutes les lèvres est de savoir qui a ordonné aux organismes étatiques de mettre leurs fonds, les deniers publics avant tout, dans cette jeune, mais néanmoins célèbre banque qu’était Khalifa. Il ne faut certes pas spéculer avant l’heure sur toutes les issues probables de ce procès tant que le verdict définitif n’aura pas été rendu, mais au vu des noms cités durant cette première semaine, il n’est pas à écarter l’idée que les personnes impliquées désignent unanimement des boucs émissaires qui joueront le rôle de fusibles. Désignés par les uns et les autres, les personnes appelées à la barre a défaut de pouvoir se soustraire à la justice, ne peuvent que se défendre pour préserver leurs intérêts financiers et, ou, leurs réputations internationales. La corne d’abondance n’aura pas tari durant le règne de Khalifa et la prospérité algérienne se serait même propagée au-delà de la Méditerranée. A la lumière des révélations rapportées chaque jour par les différents quotidiens de la presse nationale, l’affaire ou plutôt le scandale, ne fait au fil des auditions qu’incriminer ’’l’autre’’. Le principal accusé se trouvant toujours à Londres, il est extrêmement difficile pour les magistrats instructeurs de définir le vrai du faux. Des sacs de dinars, d’euros qui se trimballent au gré d’instructions téléphoniques venant d’en haut, peuvent certes paraître suspects de prime abord, surtout après la découverte à l’aéroport d’Alger, d’un attaché case contenant la bagatelle de deux millions de devises, transporté par des proches collaborateurs de Khalifa, et ce, à la veille de la visite de Jacques Chirac. Une faillite frauduleuse savamment orchestrée, une banqueroute soigneusement organisée qui aurait coûté plus d’un milliard de dollars. Avec plus de deux millions d’opérations de toutes sortes, versements, factures, virements et autres transactions parfois factices et souvent invérifiables, l’affaire Khalifa risque de s’inscrire dans le temps et n’est pas prête de connaître son dénouement avant que l’on ne découvre l’origine de cette corne d’abondance, c’est-à-dire pas avant de retrouver les traces de la chèvre d’Amalthée.

Hafidh Bessaoudi

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