Carcasses enlaidissantes

Les petites villes de Kabylie, autrefois, si pittoresques, se sont transformées, depuis quelques années, en des sortes de chantiers permanents. Certes, beaucoup d’infrastructures, comme les sièges d’administration, les écoles, les stades ont été construit, des propriétés privées, d’inégale valeur architecturale ont surgi, mais il y a partout, comme on a pris l’habitude de les désigner, des « carcasses ». Non pas des carcasses de bêtes que des bouchers mal soigneux auraient abandonnées sur la voie publique mais des charpentes de bâtiments, des masses béantes, de briques, de fer et de ciment, sans portes ni fenêtres, se dressant partout, donnant l’impression aux quartiers d’avoir été bombardés ou détruit par quelque catastrophe naturelle… Et le plus déroutant, c’est que les gens habitent ces fantômes de bâtiment : le rez-de-chaussée, quand il ne sert pas d’habitation, ou un étage sont aménagés, le reste restant à l’état de chantier. Parfois pendant plusieurs années ! Quand on interroge les propriétaires sur cette situation, ils répondent tous que c’est faute de moyens qu’ils ne parviennent pas à finir leurs constructions. C’et certainement vrai pour la plupart d’entre eux mais mais si les gens n’ont pas les moyens de finir, pourquoi s’évertuent-ils à construire des bâtiments à plusieurs étages, alors que de simples maisons, un rez-de-chaussée, et, à la rigueur un étage, auraient suffi. Des maisons bien finies, jolies, dans la tradition de la Kabylie pittoresque, qui n’enlaidissent pas le paysage !

S. Aït Larba