La thalasso à l’abattoir

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Le feuilleton de l’affaire Khalifa continue et chaque épisode charrie avec lui de nouvelles révélations sur les pratiques répréhensibles et irrégulières, érigées en mode de gestion au sein de l’empire Khalifa. Dans le cadre de l’audition des directeurs des agences bancaires d’El Khalifa Bank, le tribunal criminel près la cour de Blida a entendu, hier, dix-neuvième jour de ce procès, Hakim Korse, directeur de l’agence d’Oran, dans laquelle un trou financier énorme a été découvertà l’instar de celle d’El Harrach et des Abattoirs. Avant lui, c’est Bouhedda Abdenour, directeur général de la CNAC et gestionnaire de la caisse à risque du fonds de garantie des entreprises micro-crédits qui a été cité en tant que témoin. M.Bouhedda déclare avoir efefctuéun placement de 187 millions de centimes des caisse de la CNAC au sein de El Khalifa Bank et 132 millions de cetimes dans le cadre de la caisse à risque. Il avoue qu’ils n’ont rien récupéré et comptent se constituer partie civile pour faire valoir leurs droits..

Le direteur de la CNAC révèle que c’est Mahrez Belkacem, DG de la caisse à l’époque, qui avait decidé de placer l’argent à Khalifa sans l’aval du conseil d’administration. Pour ce qui est de chef d’agence des Abbatoirs, il révèle que l’agence qu’il avait dirigé, n’avait pas ouvert de compte bancaire en devises auprès de la Banque d’Algérie sur instruction du PDG, Moumen Khalifa. “La direction générale avait décidé de ne pas verser les sommes en devises dans le compte à l’exception de la monnaie nationale. Les versement en devises se faisaient dans la caisse principale”, raconte-t-il.

La présidente de l’audience l’interroge au sujet des écritures entres sièges. “Les EES des sommes en devises ont-ils été débouclés ?”, lui demande Mme Fatiha Brahimi. “Je ne peux pas le savoir, c’est à la comptabilité de les faire déboucler”, répond-il. Korse avoue que Moumen Khalifa lui avait dit qu’il alaitenvoyer, Baichi Fawzi, chercher de l’argent. “Il était venu avec un ordre de mission de ramassage de fonds et je lui avais remis 50 000 DA. Il avait signé une décharge et j’ai envoyé les ESS avec l’argent”, estime-t-il. Sur ce, la juge intervient pour lui faire rappeler qu’il aurait affirmé au juge d’instruction qu’il n’a pas joint les EES. “Et la seconde fois ?”, interroge la magistrate. L’accusé dira : “Le P-DG m’avait dit qu’il envoie un agent à l’exception de Baichi. Je lui avais remis deux millions DA”, ajoutant qu’il ignorait même l’identité de cette personne. Il avoue également avoir remis la somme de un million de francs français à Baichi Fawzi. “Qui t’avait ordonné de faire ça ?”, lui demande la juge. L’accusé : “Khalifa m’avait ordonné d’obéir à lui et à Baichi.”

500 FF pour chaque joueur du MC Oran

A la question de savoir s’il avait donné de l’argent à quelqu’un d’autre en dehors de Baichi, Korse lâche le nom de Youcef Djabbari, président du Mouloudia d’Oran auquel il avait remis la somme de 13 000 francs français sur ordre de Moumen Khalifa et en présence de Baichi pour distribuer 500 FF à chaque joueur pour le compte d’un match en Mauritanie. La magistrate lui demande de s’expliquer au sujet de “la radieuse”. L’inculpé : “C’est une association à caractère sportif. Ils avaient fait un retrait de deux millions DA pour les besoins d’un hommage”, se rappelle-t-il. La magistrate lui demande d’évaluer le trou financier constate dans l’agence d’Oran. “5,533 milliards”,estime-t-il avant de dire qu’il n’y a pas de trou dans son agence. Irrité, Mme Brahimi lui fait cette réflexion : “vous donniez l’argent à n’importe qui sans que vous vous assuriez. Qui prouve que Baichi avait remis l’argent à la caisse principale ?” L’accusé répond : “Nous sommes des annexes. L’argent avait été comptabilisé au niveau de la direction des comptes et des moyens”, en estimant que le chef d’agence n’avait pas à attendre le retour des accusés de réception.

11H30: prise de bec et mea culpa

Voulant le contrer, la juge fait appel à Akli Youcef, le caissier de la caisse principale. Son avocat, maître Dilem (à ne pas confondre avec notre confrère de Liberté) intervient sans demander la permission de la juge en refusant que son mandant soit interrogé sur ce volet. Dilem lâche des propos qui n’ont pas été du goût de Mme Brahimi et c’est la pagaille dans la cour. La juge s’enflamme. “C’est une intervention déplacée. Je refuse de vous écouter, la cour a le droit de faire appel à Akli en tant qu’accusé. Je serais obligée de prendre les dispositions judiciaires s’il ne retire pas ce qu’il a dit. Ce n’est pas mon procès. C’est celui de tous les Algériens. C’est scandaleux. Ce n’est pas à vous de m’apprendre la procédure”, tonne-t-elle. Constatant que maître Dilem n’était pas près de retirer ses propos, la juge lève l’audience. Tout le monde échange des regards interrogateurs. Solidaires avec leur collègue, les avocats de la défense ont tenu des conciliabules dans la cour dans le but d’inciter l’avocat à se rétracter et faire amende honorable. Après plus d’un quart d’heure, maître Mokrane Ait Larbi prend la parole pour dire que la cour a le droit de faire appeler les accusés à tout moment ainsi que les avocats de la défense ont le droit d’intervenir après la permission de Mme Brahimi. L’audience reprend ses débats et tout est rentré dans l’ordre après le mea culpa de Dilem qui a présenté ses excuses à la juge. Du box des accusés, Akli soutient que les accusés de réceptions sont obligatoires lors de l’envoi des EES. Ce que Kors n’a pas voulu admettre. A la question de savoir si Baichi Salim lui ramenait de l’argent, Akli a eu cette réponse : “jamais.” “Hakim Korse aurait-il envoyé des EES sans les fonds ?”, lui demande Mme Brahimi. Affirmatf, rétorque la caissier principal,

Akli Youcef rappelle que des EES non accompagnés de fonds lui parvenaient des agences d’El Harrach, des Abattoirs et d’Oran. “J’avais informé le P-dg, lequel avait dit de les laisser en suspens en attendant les justificatifs”, raconte-t-il. Mme Brahimi demande à l’inculpé s’il était logique que les sommes en devise partaient vers la caisse principale. “Ce n‘était pas à moi d’ouvrir un compte à la Banque d’Algérie”, se défend-il. Le directeur de l’agence bancaire de Khalifa Bank à Oran cite les entreprises qui avaient fait un placement de leurs fonds dans son agence. Selon lui, il s’agit de l’OPGI d’Oran avec un milliard de dinars, celle de Ain Timouchent avec 100 millions de centimes et un bureau d’études avec un fonds de l’ordre de 200 millions de centimes. Le ministère public lui demande s’il était légal que l’agence de Relizane utilise le code de celle d’Oran puisque elle n’avait pas l’autorisation de commerce extérieur. “C’est légal”, répond-il. “Chaque agence doit avoir une autorisation”, constate le représentant du parquet. Korse estime, sans trop convaincre le procureur, que cela est plutôt du ressort des membres du conseil d’administration.

420 millions de centimes ou la facture thalasso

Durant l’après-midi, le tribunal fait appel à un témoin en la personne de Idir Mouassi, en sa qualité de directeur général du complexe de thalassothérapie de Sidi Fredj. D’emblée, il assure que le contrat qui l’avait lié avec l’agence d’El Harrach était un contrat commercial avec des droits et des obligations pour chaque partie.

Il précise que les clauses du contrat en question stipulaient que l’autre partie devait assurer 10 bus, un engagement qui n’avait pas été respecté. D’après ses déclarations, le complexe de Sidi Fredj avait envoyé une facture de l’ordre de 420 millions de centimes établies sur la base d’une liste de 39 personnes à l’agence d’El Harrach sans que celle-ci n’honore ses obligations jusqu’à aujourd’hui. D’ailleurs, la direction du complexe s’est constituée partie civile dans cette affaire. La présidente lui demande si des dispositions judicaires avaient été prises. “Pour nous, ce n’était pas un refus de payer la facture. A aucun moment, nous n’avions pensé que cela se passerait de cette manière”, avoue-t-il. Interpellé au box des accusés, Aziz Djamel, chef de l’agence d’El Harrach, maintient ses propos comme quoi c’était aux clients de se prendre en charge par eux-mêmes. A ce propos, Mouassi entonne : “jamais”, en ajoutant que le partenaire dans le contrat avait été l’agence d’El Harrach contrairement à Aziz Djamel qui avait affirmé, la veille, qu’il était seulement un intermédiaire entre la banque Khalifa et le complexe en question. Après avoir libéré le témoin, la cour fait appel à un autre accusé.

Agence des Abattoirs: 49 milliards de centimes « volatilisés »

Il s’agit de Hocine Soualmi, directeur de l’agence bancaire des Abattoirs de Khalifa Bank. Il est poursuivi pour les chefs d’inculpation de vol qualifié et d’abus de confiance. Ancien directeur de la BDL, avec un salaire de 30 000 DA à Hussein Dey pendant 7 ans, il rejoint la banque Khalifa en mars 1999 pour un salaire de 33 000 DA avant de toucher 70 000 DA au début 2002. A l’instar du directeur de l’agence d’El Harrach, Soualmi soutient que le trou financier de son agence n’est qu’un transfert de fonds vers la caisse principale. “L’agence n’a jamais été informée de ce problème”, observe-t-il.

La juge lui demande d’être plus explicite. “Comme toutes les banques privées, il y a quatre exemplaires. Deux partent avec l’argent. Le troisième exemplaire est mis dans la journée comptable alors que le quatrième est mis dans les archives de l’agence”, explique-t-il. “Comment expliquer que les EES soient en suspens ?”, demande Mme Brahimi. “C’est inconcevable. La loi impose à celui qui les avait réceptionnés de les rejeter après 24 heures. Il n’y a pas d’ accusés de réception. La base de travail c’est qu’il n’y avait pas de rejet”, souligne-t-il. Soualmi avoue n’avoir jamais remis de l’argent à qui que ce soit, si ce n’est à un certain Boukadoum à qui il avait remis 15 millions DA. Selon la magistrate, le préjudice occasionné à l’agence est de 49 milliards de centimes. “L’argent est sorti de manière legale”, ne cesse de répéter l’accusé.

Hocine Lamriben

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