Belkhadem ou la bourde à répétition

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l Même si les dispositions constitutionnelles n’ont pas toujours été respectées avec la rigueur que requiert l’importance de leur position dans la hiérarchie des lois, il reste que l’arrivée au poste de chef du gouvernement de Abdelaziz Belkhadem a rendu plus évidentes les libertés prises avec la loi fondamentale du pays. Ces empiètements à répétition sont d’une extrême gravité. Du fait d’abord que ces violations soient « l’œuvre » du Premier ministre lui-même, donc d’un homme installé à un très haut poste de responsabilité de l’Etat. Ensuite parce que ces agissements tendent tout bonnement à servir des intérêts partisans que Abdelaziz Belkhadem, tout comme un autre chef de gouvernement est censé transcender dans l’action et le discours de l’Exécutif. En quelques mois passés aux affaires, le secrétaire général du FLN a violé au moins quatre fois la Constitution dont trois en empiétant directement sur les prérogatives consacrées du président de la République. Il inaugure son règne en empêchant par une grossière manœuvre partisane son prédécesseur de présenter son bilan devant l’Assemblée nationale, ce qui est, en plus d’être anti-constitutionnel, un manquement grave aux balbutiantes traditions républicaines et au sens le plus élémentaire de la continuité de l’Etat. M. Belkhadem continue sur sa lancée. Ayant perdu la bataille dans son déroulement loyal autour du contenu du texte sur la paix et la réconciliation nationale dont la mouture finale a été à son grand désespoir l’exacte anti-thèse du contrat de Rome, il a tenté toujours par les mêmes procédés d’en pervertir l’esprit, faute de n’avoir pas pu peser sur la lettre. Mais l’intrusion la plus flagrante dans la sphère de compétence du président de la République, c’est quand,sans rire, il déclare sur les ondes de la radio qu’il a saisi -écrit- Abdelaziz Bouteflika pour un remaniement du gouvernement que la rumeur publique donnait comme imminent. Enfin, Belkhadem vient de s’illustrer dans un sujet qui prend chaque jour un peu plus les devants de l’actualité, à savoir les élections législatives et locales. En proposant-le patron du FLN, bien évidemment à dessein,joue toujours la double casquette—le jumelage des deux scrutins, il piétine une disposition constitutionnelle selon laquelle un rendez-vous électoral ne peut être reporté ni rapproché que dans des situations exceptionnelles. Et dans le cas précis, il s’agit de différer les législatives ou d’écourter le mandat en cours des assemblées locales. Dans les trois derniers cas, il y a deux constantes au moins. La première est que le chef du gouvernement agit par anticipation pour espérer peser sur des décisions qui lui échappent ou, à défaut, faire quelque chose par acquis de conscience. La deuxième est qu’aucune de ses suggestions ne semble avoir trouvé une oreille attentive en haut lieu. Mais Belkhadem est déjà content d’être là où il est. Ce n’est déjà pas si mal pour un « coordinateur du gouvernement dont le programme est celui de son prédécesseur » et qui a découvert « ses ministres » en même temps que la presse.

Slimane Laouari

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