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Au-delà des chiffres

Dans son bilan annuel portant sur l’extension de la criminalité et son traitement, le Commandement de la Gendarmerie nationale a fait état de chiffres ahurissants :

28 174 affaires constatées, 50 725 personnes arrêtées dont 1 136 de sexe féminin !

L’on se demande si ces chiffres en hausse de 24 % par rapport à 2005 ne constituent pas la face visible d’une réalité encore plus sombre. « Après le reflux du terrorisme, les services de sécurité se sont penchés sur ce phénomène et préconisé une série de mesures qui définissent les thèmes et objectifs prioritaires relatifs à la lutte contre la criminalité, en créant des organismes spécialisés de lutte et de prévention », nous a déclaré le colonel Ayoub.

Constatant l’évolution croissante de la criminalité ces dernières années, le gouvernement a réagi, en adoptant toute une série de mesures répressives dans le cadre d’un plan d’action destiné à endiguer ce phénomène. Un programme qui a rangé la criminalité parmi les «priorités» auxquelles l’Etat devait trouver des réponses. En collaboration bien sûr avec les autres services de sécurité, « la gendarmerie, ajoute le colonel Ayoub, a initié des opérations coup de poing, sans attendre les plaintes des victimes en s’attaquant directement aux noyaux de criminalité, notamment, en créant un système d’identification biométrique pour l’immigration clandestine, un dispositif efficace aux frontières et les parquets ont été instruits afin de prendre des mesures drastiques contre eux, c’est pour cela aujourd’hui qu’on rencontre de moins en moins de jeunes portant des armes blanches ».

Interrogé sur les raisons principales qui ont conduit nos jeunes à la criminalité.

M. Ayoub dit que de nos jours, la famille algérienne ne joue pas son rôle. Face à la désintégration de la cellule familiale, le manque de communication et les problèmes économiques, «nos jeunes ont perdu leurs repères. Généralement, les délinquants arrêtés sont âgés de moins de 26 ans, les infrastructures n’existent pas, il leur faut des centres culturels, des bibliothèques, des salles de cinéma, sinon où voulez-vous qu’ils aillent ? »

L’officier affirme que la gendarmerie dispose d’un corps de prévention qui travaille avec des associations et font des sorties sur le terrain. « On récupère ceux qui se sont enfuis de chez eux, avant qu’ils n’investissent le monde de la drogue, de la mendicité ou de la prostitution.

Pour en savoir plus, nous avons contacté une association qui travaille dans ce sens (SOS Enfants en détresse). M.F, membre actif, nous confie que leur association défend le jeune délinquant dans la mesure où il faut chercher les causes qui ont fait que ces jeunes soient vulnérables et en détresse morale. « Nous disposons de psychologues, d’assistantes sociales et d’éducateurs spécialisés, et nous travaillons avec une institution étatique qui nous chapeaute techniquement », a-t-elle affirmé. Et d’expliquer qu’il « il y a des jeunes qui, pour avoir commis un délit, sont emprisonnés. Après leur sortie de l’univers carcéral, ils se sentent perdus. Nous les suivons et leur faisons comprendre que rien n’est trop tard et les orientons vers des horizons positifs ».

Une psychologue de leur collectif tente de nous expliquer les déboires de ces jeunes qui, victimes d’une désintégration familiale, ou pour des raisons financières, adoptent une attitude à contresens de leur nature. «Le manque de communication, l’absence d’aide au niveau de la société,les différences de classe poussent le jeune à s’investir dans une logique pour atteindre à n’importe quel prix son objectif, à savoir imiter ses copains et posséder des centimes dans sa poche. Une fois hors de l’école, faute de formation de bon niveau, il constitue un groupe de malfaiteurs avec les autres jeunes de sa condition», fait-elle remarquer, ajoutant que « les principaux délits sont d’ordre économique ». Ainsi, poursuit-elle, «le jeune délinquant refuse la prise en charge, remet en cause son entourage, ses parents, ses amis, ses enseignants… Pour lui c’est eux qui sont anormaux » Pour cette dernière, il existe deux méthodes pour la réinsertion du jeune délinquant dans la société, l’une est sa rééducation par des psychologues et la seconde consiste à l’aider en se solidarisant avec, et en lui offrant une formation qui lui plaise. Et ce dans le but de combler son vide intérieur.

« Le mettre dans un milieu fermé, c’est lui ouvrir la porte de la délinquance », conclut-elle.

Yassine Mohellebi

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