Si les promesses, les gesticulations et la démagogie pouvaient suppléer aux frustrations de la jeunesse algérienne et combler le vide sidéral qui, chaque jour, lui fait connaître les horizons les plus sombres et la met sur le cap des rivages de désespoir, nous serions déjà bien loin de ces dédales sans issue dans lesquels toute la communauté a été plongée sans repères ni balises.
Ce ne sont pas les réalisations grandiloquentes et les effets de prestige folklorique qui manquent. Tous les ouvrages et les programmes des années 70 et 80 ont été classés comme étant les plus grands et les plus performants du Maghreb ou de l’Afrique. Les épithètes et les qualificatifs pour le dire ont généré une logorrhée indigeste dont on commence à peine à évaluer et soupeser les dégâts. L’actuelle manifestation culturelle qui a été inaugurée le 12 janvier dernier sous la devise (slogan ?) : ‘’Alger, capitale de la culture arabe’’ et qui convoque ban et arrière-ban, est qualifiée par Mme la ministre de la Culture de ‘’la plus grande manifestation culturelle qu’ait organisée l’Algérie indépendante’’.
Une sensation de déjà-entendu et même de déjà-vu envahit l’observateur le moins attaché à l’actualité culturelle du pays. On a dit la même chose, à quelques détails près, du Festival panafricain qui s’est déroulé à Alger à la fin des années soixante et qui avait mobilisé toutes les cultures d’Afrique mais qui, en même temps, excommunia la grande Taous Amtouche, déclarée persona non grata et reconduite dare-dare à l’aéroport d’Alger.
Certes, on ne peut faire la fine bouche devant aucune activité culturelle qui viendrait secouer la torpeur dans laquelle est plongé le pays depuis des lustres.
On ne peut non plus jeter la pierre aux délégations invitées dans le cadre de ce festival arabe. Les échanges culturels ne peuvent être perçus que comme un enrichissement et une fertilisation des diversités spécifiques.
Néanmoins, le commun des citoyens aurait souhaité que, au moins, la même énergie et les mêmes dépenses- sinon plus, pourquoi pas- soient consacrées au réveil culturel de tout genre. À quoi rime un Salon du livre dans un pays dont le système éducatif ne forme plus de lecteurs et dans un système économique qui, le restant de l’année, considère le livre comme n’importe quelle marchandise confinée à sa valeur vénale au moment où, dans le cadre de l’OMC, des pays européens font valoir l’exception culturelle ?
Jusqu’à quand continuera-t-on à considérer que la culture est un fait conjoncturel, sporadique, dont la seule ‘’vertu’’ est de faire du boucan et de s’entourer d’un terne halo de faux prestige ? La permanence du fait culturel ne peut faire l’impasse sur la nécessité de l’aide aux associations culturelles qui activent réellement sur le terrain. Elle ne peut non plus faire abstraction de l’impératif besoin d’ incitation à l’édition nationale et de la défiscalisation du métier du livre. ‘’C’est un métier que de faire un livre comme de faire une pendule’’, disait un homme de lettres du 16e siècle.
Et puis, comme Alger n’est pas l’Algérie (dixit Bouteflika), on ne sait ce que le département de la Culture- en dehors de quelques louables initiatives tendant à restaurer quelques sites historiques (comme celui de Tigzirt)- a réservé pour le pays profond pour réhabiliter l’action culturelle et accompagner les autres actions de développement dans une perspective de contribuer à la formation d’une citoyenneté entière dégagée des scories de la rente et du conservatisme des faux prophètes.
Amar Naït Messaoud
