Au moment où les petits fellahs ainsi que beaucoup de ménages, notamment dans les montagnes s’apprêtent à planter des pommes de terre au moins pour s’auto-suffire, le prix de ce tubercule a pris ces derniers temps une fusée pour atteindre et dépasser les 110 DA le kilogramme. A cela s’ajoute naturellement, non seulement les frais de main-d’œuvre mais également ceux des engrais et des produits utilisés pour combattre les inévitables maladies. « Il est impossible à un quelconque fellah de se lancer dans une pareille aventure, celle de semer des pommes de terre car aux prix actuels, la meilleure chose est d’économiser son argent, son temps et surtout sa santé », nous déclare Aami Slimane, un fellah connu pour avoir été, dans un passé pas très lointain l’un des meilleurs producteurs de pommes de terre de semence. « C’est vrai, que dans les années 80, Tizi Gheniff a été choisi pour produire essentiellement de la semence, tout le monde se souvient encore de ces chaînes de camions de l’Office qui venaient prendre nos récoltes », ajoute notre interlocuteur avec regret. Pour cet affairiste qui loue des terres, il n’est pas question de se décourager, bien que le spectre de l’importation pèse sur ces spéculateurs qui ont choisi le créneau de l’agriculture pour bâtir leurs fortunes. « Se lancer dans la pomme de terre, c’est toujours une aventure à grand risque car si la chance vous tourne le dos, c’est pratiquement la faillite assurée d’autant que rares sont ceux qui prennent la précaution de prendre une assurance mais c’est ça tout le plaisir d’un agriculture, vivre la peur au ventre de jour comme de nuit », plaisante notre homme qui n’a pas à se soucier de la perte d’un million de dinars d’un seul coup et de nous raconter dans un fou rire, ce mois d’avril, où il a perdu par un beau matin toute la récolte d’un champ de pommes de terre. « J’attendais vraiment la cagnotte car les plants étaient très beaux mais il y eut cette nuit le gel, c’était vraiment imprévisible et tout a été perdu, tout a été brûlé ». Au demeurant, à la consommation la pomme de terre semble se maintenir au niveau de 50 DA le kilogramme bien que cela ne s’est pas à la portée de nombreux ménages qui ont un faible revenu alors que c’est un vrai luxe pour les démunis. « Ici, à Tizi Gheniff, au beau milieu de ce marché, il y avait une tente qui faisait office de gargotier, il était spécialisé dans les frites », se souvient Si Ahmed, retraité de la-bas qui, arrivé en Normandie, plus précisément au Havre, a été attiré par un restaurant affichant « Le Roi de la frite ». « C’est surtout par curiosité que je suis entré dans ce restaurant car, pour nous tous, à Tizi Gheniff, l’unique roi de la frite qui puisse exister au monde est bel et bien « Vou Kajir » (L’unijambiste) et à la première bouchée, je l’ai rejetée immédiatement car les frites n’avaient pas le même goût que chez nous, elles n’avaient rien qui puissent me rappeler les nôtres ou celle de Vou Kajir », nous déclare encore notre interlocuteur qui nous parlera aussi de celles de Belgique assaisonnées de tas de m… mais au grand jamais, il n’a retrouvé les saveurs d’antan, celles de Tizi Gheniff, mais au prix actuel, avec sa pension de retraité, il peut se satisfaire mais qu’en est-il de ces pauvres gosses qui raffolent d’un casse-croûte frites-omelette ?
Essaid N’Aït Kaci
