La Dépêche de Kabylie

 »Les citoyens ont sapé nos projets d’investissement »

Amer, Abderrrahmane Ikhlef, directeur régional de Sonelgaz fait, dans cet entretien, un tour d’horizon complet sur les problèmes de la société qu’il dirige depuis deux années et demi. Sûr de sa connaissance des dossiers, maniant adroitement les chiffres, il n’a à aucun moment tenté d’éluder une question.

La Dépêche de Kabylie : Monsieur le Directeur, vous avez entamé une campagne massive de coupes ciblant notamment les APC, les dairas, les industries tant publiques que privées ainsi que les foyers. Quels sont les résultats auxquels vous êtes parvenu ?

Abderrahmane Ikhlef :

l La campagne entamée fin octobre2006 a concerné 14 communes, des industries, mais aussi des foyers. Cette opération dite de recouvrement, même si elle nous a permis de récupérer une partie de nos créances n’a pas donné entière satisfaction. Sur les 132 milliards de centimes au 28 octobre 2006, nous avons fait rentrer dans nos caisses quelques 25 milliards de centimes, c’est donc une somme importante de 107 milliards qui restent à récupérer dont 65 milliards auprès des foyers. Ces chiffres demeurent éloignés de notre objectif car nous avions projeté de ne pas dépasser un délai-crédit de 50 jours. Aujourd’hui, il est de 93 jours. Ce qui est énorme !

Revenons un peu sur l’incident de Tichy où la population est sortie dans la rue pour crier sa colère. Peu de temps après, la situation s’est normalisée. S’agit-il d’une simple coïncidence ou d’une reculade de votre part, ce qui n’est pas sans risquer de créer un précédent grave ?

l Les événements auxquels vous faites référence ont eu pour origine deux pannes simultanées survenues à Tichy, un défaut de câble et un armement sur un poteau moyenne-tension. Tichy a été privée pendant 30 heures d’énergie à l’exception de Baccaro qui a été rétabli bien avant le reste de la localité.

Des impératifs purement techniques ne nous ont pas permis de régler le problème dans sa globalité et dans le même laps de temps. Les autres quartiers se sont sentis lésés et sont donc descendus dans la rue à 21 heures. 3 heures plus tard, tout est rentré dans l’ordre. La protesta n’a fait que nous retarder, puisque nous avons pris 2 heures de retard par rapport à nos prévisions. Cet incident est à restituer dans son vrai contexte. La Sonelgaz n’a donc subi aucune pression, se contentant d’avancer dans le sens de sa mission de fourniture d’énergie, d’entretien des réseaux et de dépannages aussi rapides que possible.

La wilaya est réputée pour être un bastion de réfractaires à toute idée d’être en règle avec vos services. Qu’en est-il en réalité ?

l Il y a des mauvais payeurs partout. Cela dit, Béjaia se situe en pole position par rapport aux créances impayées. Un chiffre pour vous éclairer davantage : Béjaia détient à elle seule 17% de l’ensemble des créances de l’est algérien et ses 16 wilayas ! Ces créances, je tiens à le rappeler ne tiennent pas compte du contentieux issu des évènements de 2001 à 2004 et du mot d’ordre de boycott. Les 123 milliards ont été pris en charge dans le cadre du dialogue ! Aujourd’hui, El Kseur et Smaoun sont au hit parade des mauvais payeurs, ce sont les villes où nous éprouvons les pires difficultés de recouvrements. El Kseur a elle seule, et depuis le1er janvier 2005, est redevable de 4 790 0000, 00 DA soit 45% du contentieux du service commercial d’Amizour qui couvre trois villes. Avec 39% du global, Akbou, Tazmalt, Ighzer Amokrane, Ighil Ali,Seddouk, Béni Maouche tiennent la corde. Béjaia, Tichy, Aokas avec 18% Amizour, El Kseur avec 14 % de même que Kherrata, Derguina, Souk El Tenine et enfin Sidi Aich, Adekar, Timezrit Chemini avec 15 % clôturent la liste.

En tout état de cause, nous préférons négocier que d’aller en justice.

Un mot sur Alexo ?

l C’est fort d’une autorisation délivrée par la wilaya que les travaux de raccordement en gaz ont été entamés sur le site de l’usine Alexo. Les travaux, 150m de canalisation, ont été réduits à néant par l’APC qui a tout arraché. Une double plainte a été déposée auprès de la justice par Sonelgaz pour destruction de matériel et Alexo. Si Alexo a obtenu gain de cause, notre procédure demeure toujours pendante. Sonelgaz, en exécution de la décision de justice, a à 3 reprises tenté de refaire les travaux. Et à trois reprises, nos travailleurs se sont vus empêchés d’accomplir leurs tâches, deux fois par l’APC et la troisième par les associations. Alexo, devant cet état de fait a pris sur lui de faire les travaux de fusion. Interpellé, par nos services les choses ont été remises en l’état. Et à l’heure actuelle c’est le statu quo.

Où en êtes-vous avec les investissements ?

l Concernant l’énergie électrique, au point zéro. En 2006, on avait une cagnotte conséquente pour irriguer des localités en créant plusieurs départs. Ce qui induirait à coup sur un bien meilleur service. Rien ne s’est fait du fait même de l’opposition des propriétaires terriens.

L’argent n’ayant pas été consommé, il est donc normalement retourné au trésor. Conséquence calamiteuse pour nous : zéro centime pour l’investissement en 2007.

Nous avons deux parades que nous comptons soumettre aux autorités. La première consiste à solliciter les décisions pour déclarer ces projets d’intérêt public et trouver une formule qui passe bien entendu par un dédommagement. La seconde demande une plus grande implication de notre part : il s’agit d’entamer des négociations avec les propriétaires avec l’aide des autorités locales en prenant bien soin de limiter le massacre des parcelles.

Vos projets à court terme?

l Ce sera l’option « tout gaz ». Il s’agit de relever dans des proportions importantes la pénétration en gaz de ville.

Entretien réalisé par Mustapha R.

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