Ecrivaine française de père Algérien, Sandrine Charlemagne effectue son premier voyage en Algérie en 1999. Elle avait 31 ans. Pourquoi si tard ? “Je ne sais…cela s’est passé comme ça (…). J’avais soif de savoir, soif de rencontrer “mon pays”, même si étrangère à celui-ci et donc je cherchais et cherchais à ma façon. J’y ai passé sept petits jours”, confie l’auteur. Mais avant il y avait la lecture de la littérature algérienne. “Ce fut mes premiers liens avec l’Algérie. Je tiens à saluer tous ces auteurs qui m’ont beaucoup appris. Femmes et hommes. Ces auteurs avec qui j’ai voyagé, pleuré parfois et souris aussi. En passant par Nedjma, l’étoile inaccessible de Kateb Yacine, Soliloques, ses poèmes écrits après la manifestation du 8 mai 1945, la plupart de ses pièces de théâtre, Cercle des représailles, Guerre de 2000 ans, Cadavre encerclé, Poudre d’intelligence ect…, C’est ainsi que j’ai commencé à découvrir la littérature algérienne. Ce fut ma première approche. Ensuite, j’ai cherché à connaître davantage. La poésie de Taos Amrouche dans le Grain Magique : celle-ci m’a transportée.
J’entendais presque une musique résonner dans mes oreilles tandis que je lisais. La poésie est une arme. L’une des plus belles qui soit. Arme musicale du verbe ciselé et brillant de mille feux. Il y eut aussi Assia Djebbar avec notamment “la femme sans sépulture”. Le combat de Zoulikha qui pouvait rappeler le combat de tant d’autres femmes mortes pour leur pays et leurs convictions. Tant de femmes sont parties ainsi comme d’hommes”. Elle ajoutera : “fille d’un père algérien et d’une mère française, je ne connaissais pas l’Algérie, mon père ne m’emmenait jamais au pays. C’est donc tout d’abord dans les livres que je rencontrais cette Algérie que je ne connaissais pas, que j’en découvrais ses parfums, ses musiques, ses couleurs, son peuple, ses luttes et ses conflits.
“Découvrant” les nouvelles de Mohamed Dib Au café, les écrits de Mouloud Mammeri, la colline oublié et ceux de Mouloud Feraoun, l’anniversaire ou le fils du pauvre. J’ai lu la jeune fille au balcon” de Leila Sebbar et aussi carnets de voyages publié récemment. Une poésie tour à tour douce et tranchante dans la littérature algérienne”. Sandrine Charlemagne est née le 26 mai 1968. Elle publie en 1994 A Corps Perdus aux éditions Lattès. L’ouvrage narre l’histoire d’une jeune femme âgée de 19 ans qui sombre dans la dérive puis finit par s’en sortir. Sandrine poursuit son apprentissage au théâtre. Après une formation dans un cours d’art dramatique, elle suit plusieurs stages d’acteurs avec Jean Claude Fall, directeur du théâtre Gérard Philip de Saint Denis. Elle sera son assistante sur des stages de formation en 1995. En 1996, elle jouera dans l’un de ses spectacles au TGP de Saint Denis. Une tragédie de Sénèque : Hercule sur l’oeta. En 1997, elle réalise sa première mise en scène sous le soleil d’Alger à Gare au théâtre à Vitry/Seine (tournée au théâtre de la Métaphore à Lilla et au théâtre du Toursky à Marseille). Elle écrit Anastasia, pièce théâtrale diffusée sur France-Culture. En 1999, elle se rend pour la première fois en Algérie, elle accompagne une jeune cinéaste qui participe à un festival de cinéma. De retour à Paris, elle décide de monter un projet de rencontres avec des artistes algériens. (Alger, Oran, Sidi Belabès…)… Le projet se concrétisera en octobre 2001, en partenariat avec le centre dramatique national de Montpellier/Festival Oktobre Bis : Arts Vivants en Algérie. De 1999 à 2005, Sandrine Charlemagne anime des ateliers théâtre/poésie à la cité Balzac de Vitry fréquentés essentiellement par de jeunes maghrébines âgées de 14 à 17 ans. En 2005, elle rencontre par le biais d’une amie les éditions Dorval (implantées du côté d’Orléans) et publie Rêve d’une fille numide, livre autour de la quête identitaire, s’inspirant de son séjour durant l’an 2000-2001 en Algérie. Ce roman autobiographique, écrit dans une langue simple, accessible s’apparente à un grand reportage qui témoigne de l’Algérie du début du XXI siècle.
A. Tahraoui
