(2ème partie et fin)
Après lui avoir ramené tout ce dont il pouvait avoir besoin, pour ne pas le gêner, il le laisse manger tout seul. Il ne revient le voir qu’après que «Inevgi rebbi» se soit rassasié.Malgré son grand appétit, le mendiant n’avait pas pu manger toute la viande et tout le couscous. Il remercie l’assassin, mais il n’était pas au bout de ses surprises. Au lieu de le mettre dehors, ou de le faire coucher dans l’écurie, comme le font la plupart des sollicités, contre toute attente, il l’installe dans un endroit propre et chaud. Dieu qui voit tout est très content du comportement de l’assassin à l’égard du pauvre père.Le lendemain, quand l’heure de partir arrive, le mendiant dit à l’assassin :- «Ad’ kemlagh avrid’ imouAlama oufigh rebbiAs ah’kough leghvayen imouAhath ayi-d ioualli- (Je vais continuer ma routeJusqu’à ce que je trouve DieuJe lui parlerai de mes déboiresPeut-être qu’il va enfin me voir !)»L’assassin lui dit : – «Mayla thoufidh rebbiAk’ imigh kan elh’adjaOur-s hedar ara felliAts sarfout’ i leud’aMek d’-ar gaz n diriThardjayi djihenamma !(Si tu trouves Dieu,Je vais te demander une seule chose :Ne lui parle pas de moiSinon tu vas le courroucer.Je suis un homme mauvaisL’enfer m’est destiné !)»Le mendiant quitte l’assassin et continue son chemin. Il arrive enfin devant Dieu. Il lui fait part de ses déboires. Après avoir terminé son long récit, Dieu lui dit : «Je sais tout de toi et de tout ce que j’ai créé. J’ai décidé d’envoyer en enfer l’homme pieux, pour ce qu’il a fait pour toi et, au paradis, l’assassin pour la même raison.Retourne à la maison, cesse de mendier, ta galette quotidienne est assurée à vie !»Le mendiant retourne chez lui, le cœur léger, il s’est soulagé du poids qui pesait sur lui.Quelques mois plus tard, un petit garçon vient égayer son foyer. Quelle ne fut la surprise de sa femme, lorsqu’un matin au réveil, elle trouve dans les couches du bébé une bourse remplie de pièces d’or scintillantes. Elle appelle son mari pour lui montrer la bourse. Au lieu de louer le Seigneur pour ce bienfait, le mendiant s’écrit d’un jet :- «Rebbi isk’deu felliOur z’righ ara aygharInayi’d aghroum ad’ illiD’eg d’rar negh d’eg zagharou gharlagh d’ amarkamt’iAd’ Rouh’agh as innigh achoughar(Dieu m’a menti.Je ne sais pourquoi Il m’a assuré de manger à ma faimPartout où je suisAvec cet or, il m’a menti).Au lieu de gérer la fortune que Dieu lui a donnée, le mendiant veut des explications et il va en avoir ! Prenant son bâton de pèlerin, il se rend une nouvelle fois chez Dieu. En arrivant chez lui, il lui dit :- «Thes k’id vedh felli !- (Tu m’as menti !)- Homme de peu de foi, la bourse que tu as trouvée dans les couches du petit, ne t’était pas destinée, mais tu pouvais en profiter, c’est la propriété du nouveau-né. Mais puisque tu as blasphémé, tu vas mourir aujourd’hui».De retour chez lui, dès qu’il franchit «Ammar n tebbourth» (le seuil), il tombe raide mort.Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine.(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l’orge et le blé. Le jour de l’Aid, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).
Benrejdal Lounès
