Aïn Turk est une commune implantée à 8 km à l’ouest du chef-lieu de la wilaya de Bouira. Elle est située au Nord de la commune d’Ath Laâziz, à l’ouest de la région de Djebahia et d’Aïn Lahdjar. Aïn Turk, est composé de deux mots : Aïn, signifiant source, et Turk, une appellation donnée par les Turcs il y a de cela des siècles.
Pour plus de détails sur la commune de Aïn Turk, nous nous sommes déplacés jusqu’à cette localité où nous avons constaté de près l’état déplorable dans lequel est plongée la population. Quelque 8 000 habitants, selon les statistiques communales, répartis entre 17 villages s’étalant sur une superficie de 40,79 km2. Aïn Turk a été érigé en commune lors du dernier découpage administratif de 1984. Pour rappel, Aïn Turk est l’une des communes où le terrorisme intégriste a sévi avec force.
A titre d’exemple, on se rappelle de l’une des macabres incursions d’intégristes où 11 personnes issues du village Mergueb ont été tuées par balle lors d’un faux barrage et l’ex-maire fut aussi tué par les groupes sanguinaires.
Face à cette rude situation d’insécurité, les villageois ont pris les armes pour lutter contre les bourreaux islamistes. Au début, ce sont les citoyens de Mergueb qui se sont battus contre les terroristes, puis c’est l’ensemble de la population qui a décidé de mettre fin aux agissements des intégristes. L’insécurité qui a régné dans les années 90 a obligé des centaines d’habitants à fuir leurs maisons pour aller s’installer dans les zones urbaines, et ce à cause des conditions de vie insupportables comme la crise de logements, la pénurie d’eau potable, le réseau routier défectueux.
Il est utile de souligner que cette région, située sur un relief montagneux, n’a bénéficié depuis l’indépendance que de 180 logements répartis respectivement sur un quota de 100 au chef-lieu communal et de 80 au village Nessis, comme cités groupées. Selon les dires du premier vice-président à la mairie aucun quota n’a été attribué à la commune durant ce mandat. Il qualifie cela de « hogra » et de régionalisme. Puisqu’aucun élu à l’Assemblée populaire de wilaya ne peut défendre les besoins de la population, il ne reste que cette formule de l’habitat rural que les villageois peuvent demander.
Or, sur cette formule, on note uniquement 140 bénéficiaires sur plus de 800 dossiers déposés à la mairie. Notre interlocuteur a indiqué que le fameux livret foncier demeure un obstacle pour les demandeurs d’aides en matière d’habitat rural. Par ailleurs, le secteur sanitaire est en détresse : Aïn Turk est toujours privé d’un centre de santé.
On n’enregistre que deux salles de soins implantées au chef-lieu communal et dans la localité de Zeboudja. Les malades sont contraints de se déplacer jusqu’aux cliniques du chef-lieu de la wilaya de Bouira et cela même pour une simple consultation. Nous avons fait un saut « jusqu’à » la salle de soins du chef-lieu : l’infirmière a indiqué que la permanence de l’unité de soins est assurée par un seul médecin, et cela à raison de deux jours par semaine. Des citoyens réclament la dotation d’un centre de santé et d’une ambulance. Sur un autre volet, la localité de Aïn Turk n’est pourvue que d’un seul CEM implanté au chef-lieu, alors que des centaines de collégiens sont toujours scolarisés dans les différents établissements des localités d’Ath Laâziz et de Kalous, relevant de la commune d’Aomar et de Bouira. Quant aux lycéens, ils sont contraints d’étudier au chef-lieu de wilaya.
Notre interlocuteur a annoncé que l’implantation d’un lycée à Aïn Turk demeure une nécessité puisque la région comptabilise des centaines de lycéens. Pour ce qui est du transport scolaire, les moyens sont très insuffisants. Seuls trois bus acheminent les potaches issus des villages de Mergueb à leur lieu d’études. Les autres continuent de se dégourdir les jambes pour être aux rendez-vous des cours. Soulignons que les autorités locales de la commune de Aïn Turk ont formulé plusieurs propositions pour le développement de la localité.
Nous apprenons que sur les 15 projets demandés, seules 4 propositions ont été accordées par les pouvoirs publics. Le réseau routier à Aïn Turk est dans un état lamentable.
A ce titre, le premier vice-président nous a appris que seule la piste reliant le village Nessis au chemin de wilaya N°5 sera bitumée. Une enveloppe de 1 milliard 700 millions de centimes est allouée à cet effet. Par ailleurs, des travaux de revêtement seront exécutés sur la route desservant la localité de Zeboudja vers le CW 05 pour la bagatelle de 2 milliards de centimes. Pour rappel, il y a presque deux ans, quelques travaux de bitumage ont été exécutés mais il s’avère que cette opération a été mal réalisée. Pour preuve, la route est impraticable à plusieurs endroits. Face à cette situation, des citoyens réclament un bitumage en tapis pour remettre la route à neuf. Ainsi, le chemin reliant le CW aux bourgs d’Imouhsidhen et Ivourahlathen doit être réalisé pour un montant de 3 milliards de centimes. Quant à l’aménagement urbain, la commune d’Aïn Turk a bénéficié du budget d’un milliard pour quelques opérations d’aménagement : trottoirs, rues …. au chef-lieu et dans la localité de Zeboudja. Cependant, ces opérations ne sont pas toutes exécutées et le visiteur non averti et se rendant au chef-lieu communal constatera l’état déplorable des lieux.
Le dernier projet accordé consiste en l’étude du secteur AEP ainsi que le revêtement de pistes. Enfin, concernant la jeunesse, les statistiques indiquent que le taux de chômage atteint un seuil alarmant puisque plus de 60% des jeunes sont au chômage et que les jeunes diplômés aussi sont livrés à eux-mêmes. Malgré cet état de fait, comment expliquer que seuls trois postes de pré-emploi ont été accordés à la commune alors que des centaines d’universitaires attendent impatiemment de décrocher un poste de travail.
Amar Fedjkhi