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“Pas d’argent” à la poste

Durant le mois de février, les usagers de la poste de Mekla ne s’étonnent plus de voir la fameuse pancarte “Pas d’argent” trôner au beau milieu du guichet du terminal.

Elle est si bien écrite qu’il semble qu’elle fait partie du décor familier. Ils sont tellement habitués à la voir, depuis cinq jours qu’elle est là, qu’ils se contentent de vérifier de la porte si “elle” est là pour repartir.

D’ailleurs, la grande salle semble bien vide depuis que… la chaîne au terminal a disparu. Pour les fonctionnaires, les retraités, les pensionnés, c’est un calvaire.

Considérant l’afflux des citoyens et les besoins en liquidités, il est aberrant de constater que ce genre de rupture se produit fréquemment, trop fréquemment même, aux dires de certains habitués. Et le problème sécuritaire ne peut être mis en cause puisque les autres bureaux de poste sont approvisionnés !

Le sourire des agents ne peut compenser ce manque. D’ailleurs, ce sourire servira-t-il à quelque chose pour les ventres creux ? Il semblerait même que les besoins exprimés pour l’exercice n’ont jamais été satisfaits et que les sommes mises à disposition sont toujours inférieures à la demande.

Aussi, sachant qu’il s’agit bien d’une poste de daïra et que l’afflux des citoyens est assez important, il faut noter que les usagers sont tenus de ce fait de faire le déplacement jusqu’à Azazga — et là, les titulaires de CCP sont sûrs qu’ils pourront faire leur retrait — soit jusqu’à Tizi Ouzou dont les bureaux de poste “croulent” sous les chaînes permanentes. Ce qui est sûr, c’est que les mandats ne peuvent être perçus en dehors de la poste de destination et la pancarte avertit qu’il faudra encore et encore faire preuve de patience et… revenir encore le lendemain, peut-être le surlendemain.

D’ores et déjà, chacun doit saluer la patience et la gentillesse des préposés à la poste de Mekla qui, tout charme et tout sourire, doivent certainement se sentir honteux de répondre par la négative alors qu’ils devraient plutôt être fiers d’avoir su garder un flegme britannique devant l’incompréhension de certains citoyens qui repartent en bougonnant et en accusant ces “malheureuses victimes du devoir” d’être “pour quelque chose” dans cette rupture de liquidités dont on les accuse d’être responsables. “Vous n’avez pas fait votre travail !”, clame un vieux qui attend toujours de percevoir sa pension. “Quand on est incompétent, on cède sa place, on ne squatte pas les emplois !”, reprend un autre. On ferme la vanne du château d’eau et l’on attend du robinet qu’il se mette à arroser ! Ne faut-il pas s’inquiéter un peu de tous ces gens qui vont et qui viennent, comme des âmes en peine, passant devant les vitrines en les lorgnant du regard et se retrouvant devant l’obligation d’acheter “leur baguette de pain” à crédit ? Et quel commerçant leur viendrait en aide ? Quant à ceux qui se font accompagner de leurs enfants pour faire leurs emplettes, ils doivent bien, le regard baissé, rentrer chez eux en tirant le chérubin par le bras, celui-ci ayant les yeux fixés sur les étalages achalandés !

“Mon fils, dit le père, nous allons revenir demain et nous achèterons tout ce que tu veux !” A-t-on pensé à ceux-ci ? A-t-on pensé à ceux-là ?

Sofiane Mecherri

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