Une école en ruines

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La plus ancienne des écoles du douar Tazmalt tombe en ruines sous les yeux indifférents des autorités locales. Aucune action de restauration et d’affectation n’est entamée jusqu’à ce jour et Dieu seul sait que ce ne sont pas les créneaux qui manquent (CFPA, maison de jeunes,etc…).Le chemin que mène de Taourirt à Aït Saïda (nom du village qui abrite l’école) est un sentier gorgé d’histoire et de légendes. L’école n’etait pas baptisée, elle s’appelle toujours école fondamentale Aït Saïda. Avant de traverser un petit cours d’eau (aujourd’hui pollué) qu’on homme Zefrane se situe le lieu où la soldatesque française a été stoppée par les rafales de mitraillettes de nos valeureux moudjahidine venus se reposer à Aït Saïda après trois mois de combats acharnés, sur le versant nord du Djurdjura, : c’était en 1957. La rivière Zefrane en crue, raconte une légende du terroir, a englouti dans ses eaux une mariée et le cheval qui la portait. Ce lieu est depuis hanté par les hennissements du cheval et les supplications de la vierge à laquelle on a volé sa première nuit de joie.Nos appréhensions ont été dissipées lorsque le grand portail nous a été ouvert par M. Abdoun A. cet ex-enseignant de lycée. L’accueil chaleureux du collaborateur de La Dépêche que je suis, renseigne bien sur la place privilégiée qu’occupe notre journal grâce à un travail de proximité remarquable.Dans la cour qui a vu jouer tant d’enfants devenus aujourd’hui hauts cadres de l’Etat, est construite une école style province française. Avec juste deux classes et deux logements pour les vénérables maîtres qui y dispensaient les cours dans une discipline de fer. Son architecture, en pierres taillées avec le toit en tuiles rouges, épouse bien l’aspect du village kabyle.Plus d’un siècle d’existence et de dons généreux puisqu’elle est construite en 1892, récompensés par tant d’ingratitude par les inconscients qui ont volé carrelages, fenêtres et portes. Cet état lamentable nous l’avons constaté de visu. Dans la salle de bibliothèque, autour d’un café nous avons continué la discussion.M. Abdoun, ex-prof de lycée, aujourd’hui avocat, a occupé heureusement les deux logements, et a été un frein devant la folie destructrice de ce fleuron du savoir et d’histoire. En voulant quitter M. Abdoun, nous avons fait le tour de l’école qui possède une position idéale pour desserver les montagnes du côté d’Ighil-Ali et une bonne partie de la verdoyante vallée de la Soummam que surplombe le majustueux Djurdjura avec sa calotte blanche. L’air, me semble-t-il, encore chargé d’odeurs de craie et d’encre, souffle sur les joues roses des écoliers à force de concentration studieuse. Le maîtres vénérés Beaumont, Gaspard, rôdaient avec leurs chapeaux hauts comme des hirondelles du printemps de la connaissance. C’était grâce à eux que nous avons ouvert les yeux sur des mondes insoupçonnés.Oui, il faut rendre à l’Etat ce qui lui appartient et à monsieur Abdoun le mérite d’avoir un tant soit peu préserve pour notre plus grand bonheur. Pourvu que les autorités aient un projet d’utilité publique.

Arab Youcef

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