C’est tout naturellement et en puisant dans la structure sociologique et ancestrale de la Kabylie que les ârchs se sont constitués au lendemain de la mort de Guermah Massinissa dans une brigade de gendarmerie à Beni Douala. D’aucuns reconnaissaient alors que l’avènement des délégués des ârchs a empêché la Kabylie de sombrer dans les incertitudes et les mésaventures faites de sang et de larmes.
L’émergence du Mouvement citoyen et son plébiscite spontané étaient aussi la preuve de la faillite politique des deux partis nationaux implantés en Kabylie et dans « l’Hexagone ». Ces derniers, en perpétuelles embuscades l’un contre l’autre, n’avaient rien vu venir. Ils avaient cependant compris que leur devenir était menacé par le nouveau venu sur la scène politique de kabylie.
C’était alors à qui profiterait le mieux l’infiltration du Mouvement citoyen. Chacun y allait de son stratagème pour récupérer les ârchs et se refaire une virginité sur le dos d’une citoyenneté naissante et celui d’une plateforme légitimée par le sang de 123 martyrs. « Les ârchs c’est nous ! », affirmait chacun de son côté. Les authentiques mandataires des villes et villages de Kabylie refusaient leur embrigadement et, pour s’en prémunir, inventèrent le « ulac l’vote ulac » et autre « scellé et non négociable ». Du coup, ils sont qualifiés de « voyous », de « délégué de cage d’escaliers », de « DRS »… par les politiques qui ne se gêneront pas à recourir à une propagande digne du FLN des années de plomb pour casser du ârch. Les Abrika, Mandela et autre Bezza, médiatisés malgré eux, deviendront leurs cibles privilégiées. On est loin de « nos délégués, les héros » et encore plus loin de « plateforme d’El-Kseur est notre projet de société ».
Puis vinrent le dialogue taiwan, le dialogue tout court, les incidences…le gel du rejet des élections et la signature de l’accord global pour la mise en œuvre des résolutions retenues dans la PFK.
Depuis 2001 jusqu’à près de trois mois des législatives, les délégués des ârchs ont, en cours de route, perdu de leur « superbe ». Quelques-uns ont carrément rejoint les chapelles politiques, d’autres plus scellés et non négociables que jamais s’accrochent en solo à une horizontalité platonique qui ne mobilise pas grand monde, d’autres encore se calfeutrent dans le statut d’ancien moudjahid des ârchs. Un statut que l’on retrouve d’ailleurs dans d’autres structures : les anciens moudjahidin de tamazight, les anciens moudjahidin du RCD, les anciens moudjahidine du MCB…. Bref, les délégués ne sont plus ce qu’ils étaient. Cela ne les empêchera cependant pas de vouloir peser de tout leur poids sur les prochaines échéances en, prenant part pour la plupart, directement aux élections. Mais que pèsent-t-ils au juste en 2007 ? Cela en fait n’a pas d’importance. Ce qui importe, et ceci est valable pour les partis politiques aussi, c’est l’assise populaire, voire populiste, dont jouissent les têtes de listes et l’importance numérique des tribus auxquelles ils appartiennent. C’est d’ailleurs à partir de ce constat que les partis politiques concoctent leurs listes. Projets de société et autres programmes sont ainsi relégués au second plan, pour l’après-vote au cas où…
T. Ould Amar