La Dépêche de Kabylie

La fragilité du processus de redressement

Après la journée d’étude organisée le 3 février dernier par le Conseil économique et social (CNES) en collaboration avec la Banque mondiale sur le thème des ‘’Libertés économiques, pauvreté et bonne gouvernance », cet organisme consultatif algérien, présidé par Mohamed Seghir Babès, a eu à exposer la semaine passée, cette fois en présence du représentant du PNUD à Alger, Marc Destanne Debernis, le 6e Rapport national sur le développement humain (RNDH). Déjà, dans son rapport général portant sur 177 pays de la planète, le PNUD a eu à évaluer l’Algérie en matière de développement humain par le moyen des indices dont il a été le concepteur. Ces indices tendent à dépasser les statistiques classiques portant sur les seuls critères de grands agrégats économiques (croissance, chômage, inflation, dette publique, déficit budgétaire,…). À ces chiffres ‘’froids » et souvent ésotériques, le PNUD a greffé une vision qu’il juge plus réaliste et qui rendrait mieux compte de l’état de santé de la population d’un pays sur le plan social et humain. En outre, d’autres indices dit associés : pauvreté humaine, indice socio-spécifique de développement humain et indice de participation des femmes à la vie économique (problématique du ‘’Genre », selon la terminologie de la FAO, ou de la parité hommes-femmes, selon le jargon de l’Union européenne). Le rapport du CNES, tout en validant les statistiques de l’ONS relatives à la baisse du chômage au cours de ces dernières années (12,4% en 2006), n’hésite pas, par la voix de l’un de intervenants, en l’occurrence Mme Aïcha Edjkouane, experte au CNES, à relativiser la création d’emplois en mettant en relief leur caractère fragile et précaire. Elle qualifie 80% des emplois crées d’ ‘’emplois d’attente » (souvent mis à l’indicatif du ministère de la Solidarité nationale à travers ses différents dispositifs : TUP-HIMO, contrats pré-emploi, AIG et ESIL).

En matière de développement humain, le rapport annuel du PNUD, publié en décembre dernier à Genève, classe l’Algérie à la 102e place. La Norvège étant premier de la ‘’classe », et le Niger, dernier du peloton. Ce rapport confère un Indice de développement humain de 0,72 à notre pays. Cet indice est un ‘’agrégat » qui récapitule les données relatives à l’espérance de vie à la naissance (71 ans pour l’Algérie), le taux d’alphabétisation des adultes (70%) et le niveau de vie (PIB/habitant : de 73 dollars). Cette forme d’évaluation sociale concerne 177 pays.

Cette position de notre pays est qualifiée de moyenne selon l’échelle des valeurs établie par les auteurs du rapport. En effet, plus loin encore pour ce qui est du monde arabe, on retrouve le Yémen réunifié renvoyé à la 150e place. Les analyses qui accompagnent les chiffres avancés par le PNUD expliquent ces retards de développement en Algérie par la lente transition économique par laquelle passe notre pays et qui s’est accompagnée de la libéralisation des prix, l’augmentation du chômage, le désengagement de l’État de la sphère économique. Ces mutations rapides de l’architecture de l’économie algérienne ont directement contribué à l’aggravation de la vulnérabilité des couches les plus défavorisées de la société. Si auparavant, malgré les dysfonctionnements structurels de l’économie et la navigation à vue des dirigeants, un semblant de cohésion sociale était maintenu, c’était incontestablement dû à la distribution de la rente pétrolière. Mais, la construction était d’une telle fragilité que la chute, même temporaire, des cours de l’or noir parvenait à compromettre. Les réformes auxquelles avait recouru le gouvernement algérien à partir de 1989 pour sortir de cette impasse ont été régulièrement freinées par plusieurs facteurs : la résistance des rentiers du système, le lourd héritage bureaucratique, la déstructuration des entreprises publiques et la difficulté de l’évolution des mentalités. En fait, c’est de la remise en cause de l’État-providence en faveur d’une économie compétitive dans un contexte de mondialisation accélérée qu’il s’agit dans cette période cruciale de la vie du pays.

En outre, depuis les années 90, la santé économique d’un pays ne se mesure pas uniquement en termes de stabilité macroéconomique (PIB, encours et service de la dette extérieure, inflation, taux de croissance, taux de chômage). Sur ce plan-où seule la froideur des chiffres semblent prévaloir-, l’Algérie a réussi, à un prix social exorbitant auquel s’est greffé le phénomène du terrorisme, à accéder à une performance que lui envient beaucoup de pays du tiers-monde, y compris certains membres de l’OPEP. La santé économique et sociale d’un pays se mesure aussi par d’autres paramètres qui sont corrélés directement avec le niveau et la qualité de la vie des individus. Ce sont les indicateurs (ou les indices) de développement humain que le PNUD a vulgarisés, particulièrement à partir de 1992 à travers ses rapports annuels, comme instruments d’évaluation sociale. Le rapport de cette organisation des Nations-unies est destiné à promouvoir un développement dont les objectifs seraient la protection du capital écologique pour les générations futures, la réduction de la pauvreté et des inégalités, l’emploi, la cohésion sociale, la démocratie, la croissance économique pour une amélioration générale des conditions de vie.

Les Indicateurs de développement humain (IDH) retiennent trois composantes : la longévité, le savoir et le niveau de vie. Ils permettent de classer les pays selon une nouvelle grille plus ‘’humanisée », en tout cas plus réaliste que les simples indicateurs de la performance économique des pays considérés. Il s’agit de ‘’pallier les insuffisances d’une approche en termes de revenus par habitant ». Dans ce contexte le développement humain est défini comme un développement donnant aux hommes la liberté d’utiliser pleinement leurs capacités dans tous les domaines : économique, social, culturel et politique. Donc, en plus de l’appréciation quantitative, qui demeure non seulement valable mais indispensable, la classification par les IDH introduit la vision qualitative qui exprime mieux les contrastes liés au niveau de vie et au mode de vie des populations.

Notons que, à l’échelle maghrébine, la Tunisie est classée à la 87e place, tandis que le Maroc traîne à la 123e place.

Amar Naït Messaoud

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