La Dépêche de Kabylie

La solidarité des gens qui pensent

Louziaâ, ce rite ancestral d’entraide, de solidarité et de joie que l’on croyait propre aux villages et zones rurales vient de conquérir l’une des métropoles de la Vallée de la Soummam, la plus urbanisée, en l’occurrence El Kseur, et qui s’est muée en l’espace de deux jours pour célébrer l’anniversaire du Prophète à la manière des anciens.

L’initiative est de l’association locale du lotissement 130/131, situé en plein cœur de la ville qui, après moult réflexions de ses membres, a fini par réunir volonté et moyens pour passer à l’action. Cet ancien quartier aussi grand que toute la ville est un coin paisible mais qui n’a pas échappé au bruit assourdissant du train de la modernité qui a parasité les valeurs et coutumes ayant fait de ces tribus un peuple. Quelque mille âmes y habitent et parmi lesquelles de nombreux démunis à qui l’on a pensé d’abord pour leur apporter soutien en cette date religieuse, une aubaine aussi pour renouer avec l’une de ces traditions oubliées. Pour gagner donc cette bataille, les membres de l’association organisatrice ont commencé par s’assurer le nerf de la guerre : réunir l’essentiel d’argent à l’achat des bêtes à sacrifier lors de cette opération. Redouane, président de cette association, avance la coquette somme de 34 millions de centimes qu’on a remis au maquignon pour l’achat des bœufs. Quatre mammifères sont prêts à l’abattage ; il ne reste que les préparatifs du jour « J », très attendu dans ce quartier. Au matin du jour dernier, le centre commercial situé dans ce lotissement des 130/131 est transformé en une grande foire où petits et grands se sont regroupés pour un seul mot d’ordre : faire la fête. Une atmosphère conviviale est constatée parmi les habitants de ce quartier et leurs nombreux invités dont les autorités locales et les notables de la ville d’El Kseur et auxquels on a offert une collation sous les airs de chants festifs traditionnels. Cette opération de solidarité est aussi une occasion de retrouvailles entre voisins dont les rencontres sont très rares. Arezki Bourni, travaillant au sud du pays, qui était aussi de la partie, avoue avoir rencontré des jeunes de son quartier pour la première fois. Ces quelques jeunes ont reconnu pour leur part qu’ils viennent de découvrir une tradition d’entraide et de fête qu’il faut réhabiliter à travers la Kabylie. L’abattage terminé, un moment propice de cette fête de louziaâ est arrivé, c’est la vente aux enchères des 4 têtes des bœufs sacrifiés. En plus du climat d’ambiance, les voix des prétendants s’élèvent pour élever la barre des prix afin de ramasser le maximum d’argent au profit de l’association, tandis que la distribution des portions de viande a été laissée au lendemain, vendredi. 400 parts sont remises aux participants dont 40 sont destinées gratuitement aux familles nécessiteuses. Ainsi, joingnant l’utile à l’agréable, les organisateurs ont permis aux jeunes de leur quartier de se défouler un tant soit peu par un grand gala artistique animé par des chanteurs de leur patelin : Ahmed Hamdane, Chekroune et Sofiane ont apporté leur touches pour faire de cette journée de solidarité une grande fête, une fête nécessaire pour atténuer le stress grandissant de cette ville. El Kseur était heureuse ce jour-là.

Nadir Touati

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