Au cours de la rencontre internationale, organisée par l’Amicale des psychiatries de Béjaïa et placée sous le haut patronage du wali de la wilaya, au campus d’Aboudaou de l’université de Béjaïa les 11 et 12 avril, ayant pour thème “la vulnérabilité, souffrance et troubles psychiques”, les résultats d’une étude épidémiologique sur le suicide dans la wilaya de Béjaïa ont été révélés lors d’un atelier qu’a eu à conduire le Dr A. Timizart et Dr S. Gani, médecins spécialistes, respectivement dans la psychiatrie et la médecine légale à Béjaïa. L’enquête, seule initiative entreprise dans le domaine à Béjaïa et ailleurs, menée par un groupe de chercheurs, a pris pour échantillon 1000 étudiants s’étalant sur 12 années, à compter de 1994 jusqu’à 2006 durant lesquelles un pic de 395 cas est signalé. Il a été révélé que la moyenne des cas enregistré sdans la wilaya de 32 suicides par an, ce qui fait ressortir que l’incidence du phénomène au sein de la population de la wilaya concernée est de 2,5 à 3,5 pour 100 000 habitants. Les spécialistes, qui ont souligné le fait que les chiffres avancés ne sont pas alarmants comme on a tendance à dramatiser la situation, ont par ailleurs montré que la tranche d’âge des suicidaires se situe entre 18 et 35 ans, suivie de ceux qui se rangent entre 35 et 50 ans. Des constats faits, ces derniers n’ont pas manqué d’insister que les célibataires sont souvent ceux qui recourent à ce geste fatal avec un pourcentage de 64%. La répartition des cas par sexe classe les hommes comme les plus suicidaires avec un nombre de 296, et les femmes au nombre de 105 durant la même période. Selon le Dr Timizart, la moyenne enregistrée, autour de 32 cas, dans la wilaya de Béjaïa, est loin de la maintenir parmi les plus touchées par ce phénomène. Et d’ajouter que si jamais une étude est faite sur les maladies les plus mortelles, le suicide ne tue pas autant que les accidents de la route et moins encore que les autres épidémies. C’est le caractère spectaculaire de cette mort tragique qui l’amplifie. Il explique qu’à l’origine du suicide, des maladies telles que la dépression, l’angoisse, la psychose. Dans ce sens il avance que 30 à 40% des suicides sont des malades mentaux. Le phénomène est un corollaire inévitable de cette idée qui commence à germer jusqu’à son aboutissement ou le passage à l’acte, notamment des conditions socioéconomiques. Pour limiter l’étendue du phénomène, les spécialistes présents à ce séminaire ont insisté que la prévention la plus efficace consiste à parler du problème. C’est le rôle des thérapeutes et psychiatres. Des recoupements avancés par d’autres institutionsde l’ Etat, prétendant que la régions de Béjaïa est parmi les plus touchées par ce phénomène, le Dr Timizart a démenti ce tableau noir qu’on lui attribue, en disant qu’ailleurs la société n’accepte pas l’idée d’en parler et de déclarer les suicides. Les normes sont les mêmes à Béjaïa qu’ailleurs. Et d’ajouter que le fait que la presse écrite soit cheval, et le fait d’avoir des services de statistiques à jour du drame font qu’on dramatise la situation. Les chiffres enregistrés durant ces 12 années sont loin de ceux que signalent chaque année les pays développés. A titre d’exemple, 20 se donnent la mort, sur 100 000 habitants de la population en France. 13 au Etat-Unis, 17 en Suède et 22 en URSS.
Pour rappel, cette rencontre, abritée pour la première fois par Béjaïa, regroupant des acteurs nationaux et étrangers de la santé mentale, se propose de débattre d’une thématique où s’articulent les concepts de vulnérabilité, de souffrance et de trouble, psychiques.Sur ce sujet on dira que la souffrance psychique, comme la vulnérabilité, est une notion complexe difficile à cerner mais omniprésente dans la pratique psychiatrique. L’une et l’autre s’influencent et s’entretiennent avec le risque d’une chronicité lesquels accentueraient la précarité et la désocialisation. Quant à l’objectif de ce rendez-vous, le recteur de l’université de Béjaïa, M. Merabet, dira que cette rencontre a pour but de répondre aux besoins des étudiants, et ce, en les impliquant davantage dans les débats, notamment pour axer sur la prévention en milieu estudiantin. Le recteur donnera rendez-vous à d’autres rencontres qui auront lieu prochainement sur des thèmes plus sensibles.
Fatiha Lahiani
