L’essentiel et le disque rayé

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Lorsque la Kabylie est sollicitée dans la désunion pour marcher, battre le pavé pour dire ce que sont Avril-80 et tous les sacrifices consentis pour que, entre autres, acquis, tamazight “soit’’ di lakul n’est, pour ainsi dire, pas une marche à suivre. Le plus important est de marquer une halte dans la sérénité pour permettre aux natifs de 80, de ceux à venir et des amnésiques de garder en mémoire et de se référer à l’histoire d’une date fédératrice. Parce que, comme le signifie Salluste : « Parmi d’autres exercices de l’esprit, le plus utile est l’histoire ». Le 27ème Printemps n’a pas battu le pavé à Bouira. Et c’est tant mieux ainsi !, estiment tous ceux qui considèrent que Tafsut Imazighen « dccafawat i lebda (‘’appartient’’ à la mémoire) ». Et c’est tant mieux, aussi et surtout, si, pour la première fois, Tafsut n’a pas été tiraillée par les intempéries partisanes et ârchistes. Des intempéries qui ont fait perdre beaucoup de temps à la démocratie en marche et, plus grave, ont désillusionné le plus battant parmi les citoyens. Cela dit, vers 9 h 30mn et pas loin du stade communal de la ville, une vingtaine de personnes se reconnaissant dans une aile ârchs a saisi l’occasion de Tafsut pour se rassembler. Ils attendront un bon moment le grossissement d’un carré maigre comme une peau de chagrin, avant de prendre le départ en direction du siège de la wilaya. Sur les trottoirs, les citoyens observent avec des yeux interrogatifs les marcheurs du 27ème printemps. Ils meurent d’envie de saluer Tafsut Imazighen, mais les « ulac smah, ulac », « pouvoir assassin » et autre « candidats khoubatha » scandés à contre-courant de l’événement freinaient leur élan. Ils préfèrent flâner que de joindre leur voix à un vieux disque rayée reprenant le même refrain. Sans bruit, Tafsut a cependant été célébrée tout au long de la semaine à Bouira. A l’intérieur des établissements scolaires, les enseignants de tamazight n’avaient attendu aucun appel pour fêter et expliquer à leurs élèves ce qu’est le Printemps berbère. La dynamique associatif, à l’image de Tagherma et Asirem, est spontanément allée à la rencontre du Printemps de tous. Pièces de théâtres, conférences, galas et expositions sont tous autant de moyens qui ont permis à ces associations de continuer leur travail de mémoire. La veille de la date phare, sans bruit aussi et quasiment par réflexe, des bougies ont été allumées çà et là dans des foyers pour ne pas… oublier l’essentiel.

T. Ould Amar

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