Coup d’envoi aujourd’hui

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C’est aujourd’hui, dimanche, que les Français vont élire leur sixième président de la Ve République. Après de Gaulle (59-69), Pompidou ( 69-74), Giscard d’Estaing ( 74-81), Mitterrand ( 81- 95) et Chirac (95-2OO7), le coup d’envoi de la course au palais de l’Elysée sera donné ce matin. Après une campagne électorale, où chaque candidat a tenté de séduire le maximum d’électeurs et la guerre des sondages, le verdict de ce premier tour de l’élection présidentielle sera connu ce soir. Il faut dire que, jusqu’à l’heure de l’ouverture des bureaux de vote, de nombreux électeurs étaient encore indécis. Les jeunes sont les plus nombreux à réfléchir longtemps, aujourd’hui, avant de balancer leurs bulletins dans les urnes. Les nombreuses manifestations, l’année dernière, à travers tout le territoire français, contre le contrat première embauche (CPE) sont encore présentes dans les esprits. Ces jeunes, après avoir entendu de nombreux discours, vont prendre ce matin une direction. Mais, laquelle ? Entre la gauche représentée par Ségolène Royal et la droite que pilote Nicolas Sarkozy, il y a, au milieu François Bayrou, que de nombreux observateurs donnent ici, comme favori au deuxième tour. Il ne faut surtout pas oublier l’extrême droite qui séduit, elle aussi, de nombreux électeurs. Le Front national (FN) espère atteindre un score supérieur à celui enregistré en 2002. La campagne menée tambour battant par les militants de Jean-Marie Le Pen en témoigne.

Y aura-t-il surprise lors de ce premier tour de cette élection, comme ce fut le cas en avril 2002 ? Nous n’avons qu’à attendre quelques heures pour voir. En 2002, rappelons-le, au moment où tout le monde s’attendait à un deuxième tour Jacques Chirac – Lionel Jospin, le Front national a, contre toute attente, éliminé les socialistes, avant que Jacques Chirac ne soit élu, contre Le Pen, avec plus de 80% des voix.

Cette fois, les militants socialistes ne veulent pas revivre le scénario du 21 avril 2002. Ils espèrent, pour l’instant, voir Ségolène Royal au deuxième tour. Pour le reste de la compétition,  » chaque chose en son temps  » commente Rafik Bellil, cuisinier dans un restaurant au centre-ville et sympathisant de madame Royal. Originaire de Bejaia, Rafik a le droit de voter puisqu’il a la nationalité française. Il voit que « contrairement à 2002, la gauche a les moyens de battre la droite, car les gens veulent le changement alors que voter pour la droite signifie la continuité. Qui gouverne la France depuis 2002 ? Comme l’a dit le compagnon de Ségolène, François Hollande, lors de son meeting ici à Grenoble. Il faut que la droite assume son bilan. Et comme vous le savez, la France a connu ces derniers temps beaucoup de manifestations. Les Français veulent la stabilité de l’emploi, des logements décents, et une retraite digne de ce nom… Pour que cela soit réalisable, je fais confiance à Royal pour que les choses changent. » Hervé, son supérieur, exclue de son choix les deux extrémités.  » Je ne voterai ni pour l’extrême gauche ni pour l’extrême droite. Cette fois, les Français doivent bien réfléchir avant de voter, pour éviter de protester après contre la politique du futur président. » Samedi, 21 avril. Nous sommes au jardin Paul Mistral, à quelques centaines de mètres seulement du consulat d’Algérie ici à Grenoble. En ce premier jour de week-end, l’ambiance est bon enfant. Il fait très beau et les familles, nombreuses, cherchent un endroit pour le pique-nique du week-end. Les enfants sont partagés entre ceux qui se donnent à leurs courses à vélo et ceux qui jouent au ballon. Les adultes tout en les surveillant de près plongent les yeux dans leurs journaux ou bouquins. Ce matin, l’élection présidentielle est, incontestablement, au menu de toutes les discussions.  » J’étais obligé de faire une procuration à quelqu’un. Je dois accompagner mon fils à Paris pour participer à une compétition sportive ce dimanche « , nous dit Yves, un fonctionnaire. Michael, un jeune d’une vingtaine d’années, est intéressé par les différents discours des candidats. Il ne fait pas partie des nombreux indécis. Son choix est déjà fait.  » Je voterai pour le candidat qui, je le crois, est en mesure de m’assurer un meilleur avenir « . Emilie et Pierre, son mari, ne semblent pas partager les mêmes points de vue sur cette campagne électorale. Si Pierre croit que toutes les questions étaient au centre des débats, sa femme regrette le fait que ce sont les mêmes sujets comme l’immigration et l’insécurité qui reviennent à chaque campagne électorale.

Il faut dire que de nombreux ouvrages traitant de la vie et des carrières politiques des candidats ont été édités ces derniers temps. Ces ouvrages, il faut le noter, se sont très bien vendus, que ce soit dans les grandes surfaces ou dans les librairies.

 » Je ne voterai pas pour celui qui nous a traités de voyous « 

Pour connaître le point de vue de la communauté maghrébine ici à Grenoble, nous nous rendons au Village olympique et Arlequin, deux quartiers tout près l’un de l’autre et où cette dernière est présente en force. En ce samedi, premier jour du week-end, les habitants de ces quartiers savourent leur repos, en cette belle journée printanière. Mourad, un jeune beur, comme on les appelle ici, est entrain d’entretenir sa voiture. Au cours de notre discussion, il précise qu’il ne nous révélera pas son candidat préféré pour cette élection. Mais, “je peux vous dire le candidat pour qui je ne voterai pas. Comment voulez-vous que je vote pour quelqu’un qui me traite de voyou, qui veut nettoyer nos cités où nous avons grandi au Karcher ? ”

Dalila, une jeune française d’origine algérienne, que nous croisons à l’entrée de la bibliothèque du quartier, pense qu’en ce moment  » toutes les voix seront les bienvenues pour les candidats quelles que soit l’origine, la religion ou la couleur. C’est pour cette raison que nous devons être présents en force pour dire que nous avons notre mot à dire dans ce pays, le nôtre. « .

Les jeunes issus de l’immigration vont voter en masse cette fois-ci. De nombreuses campagnes de sensibilisation ont été menées à Paris et en province pour convaincre les gens d’aller voter. On se souvient des nombreux appels du comédien DJamel Debbouz, pour inciter les gens à aller voter ce dimanche.

Deux des candidats favoris à cette élection ont fait un tour à Alger. Si Ségolène Royal était représentée par Jaques Lang, Nicolas Sarkozy s’est rendu, lui-même, en Algérie. Il faut dire que plus de trois millions d’Algériens vivent ici en France. Chaque voix vaut en ces moments son pesant d’or… le message des candidats aux électeurs n’est autre que

 » Elysée-moi « …

De Grenoble, Saïd Taleb

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