Cloués au pilori, les P/APC de ces deux communes, issus de la même formation politique le FLN, voient leurs courts mandats marqués par des chocs sociaux sur fond de protestation.
Les mairies des deux communes, assiégées à maintes reprises, sont devenues les théâtres de manifestations des habitants qui ne réclament que très peu : avoir de l’eau dans leur foyer, une route praticable ou des quartiers plus éclairés. Ces motifs, à l’origine des mécontentements, reviennent tel un leitmotiv dans les revendications des paisibles citoyens.
ll est vrai que ces municipalités, à l’instar des communes montagneuses, vivent sous la perfusion des subventions de l’Etat qui, en ces derniers temps a toujours injecté dans les caisses communales de grosses sommes d’argent, surtout pour financer les projets d’AEP, d’assainissement et de routes.
Pour Smaoun, la colère vient de Tizi Adjissa, de surcroît village du P/APC. Ses habitants ont revendiqué, lors de la première action en automne, de l’eau qui se faisait rare dans cette partie haute de la commune des Sanhadja.
Une foule en colère mais disciplinée occupa le siège de l’APC pendant plusieurs jours. Leur cri a trouvé écho puisque un nouveau réseau d’AEP est réalisé dans la foulée par raccordement à la conduite principale de la commune voisine, Béni Djellil.
L’hiver passé, le vent de la colère reprend de plus belle vient toujours de cette partie à Idjissen, plus particulièrement à Selouana. Ce petit bout du monde situé à la lisière de la commune de Feraoun est transformé en véritable Cocotte-minute. La révolte couve depuis belle lurette en attente d’un moment psychologique pour passer à l’explosion. Une piste en état de dégradation avancée et un village sans éclairage suffisent pour dire que ce village est jeté dans les oubliettes. Mais ses habitants ne l’entendent pas de cette oreille, surtout quand on vient leur arracher en plein jour cet espoir, ce droit d’espérer voir un jour leur route bitumée et leur village éclairé.
Le maire accusé d’avoir “détourné” ce projet tant attendu vers son propre village est désigné à la vindicte populaire. Depuis une semaine, la foule en colère occupant l’entrée principale de la mairie de Smaoun, n’a toléré aucun passage aux fonctionnaires de cet établissement, hormis ceux de l’état-civil, épargnés par les révoltés.
La situation est aussi explosive à Barbacha où le siège de l’APC est fermé depuis samedi et son premier responsable accusé de “laxisme”. Les habitants de Ouandadja, village situé à 15 km du chef-lieu communal sont revenus à la charge pour camper dans l’enceinte de leur mairie et exprimer leur désarroi pour la seconde fois en six mois en constatant désespérément la pollution de leur propre et unique source d’eau par des eaux usées d’un réseau d’assainissement de la commune de Béni Mohli. Ce drame écologique et de santé publique est considéré comme un crime. Ces eaux usées versées à plusieurs mètres en aval ont mis vingt ans pour atteindre le captage et le contaminer. En dépit de cela, toutes les autorités ayant succédé à la tête de la commune n’ont rien fait pour éviter cette situation alors que les habitants de Ouandjada n’ont pas cessé de tirer la sonnette d’alarme depuis la réalisation de cette maudite conduite. Le bureau d’hygiène de l’APC, constatant la contamination réelle du captage a sommé les habitants de ne plus consommer cette eau devenue non potable. La pénurie d’eau, devenue monnaie courante à Barbacha qui ne cesse de soulever l’ire des habitants d’autres localités, comme ceux de Aït Sidi Ali venus à deux reprises assiéger la mairie. D’autres citoyens subissent les affres du manque d’eau à répétition, c’est le cas de ceux du chef-lieu Aguemoun Bouncer et Amarat. Ils disent avoir choisi une autre forme de contestation : garder le silence est une façon d’ignorer le staff communal pour dire : “Basta à l’Exécutif peu soucieux et nonchalant”. Le P/APC, connu comme le maire historique de Barbacha suite aux multiples mandats qu’il a brigués, n’a pas échappé à la vindicte des habitants de son propre village Khellil.
Ces derniers n’ont fait qu’emboîter le pas à ceux des villages déjà cités : fermer le siège de l’APC pour dénoncer l’état des lieux de leurs quartiers. Même les lycéens de ce grand village qui réclamaient un autre bus pour le ramassage scolaire plus équitable ne l’ont pas épargné. En tentant d’échapper à l’ire des enfants le maire a vu les vitres de son véhicule voler en éclats. A Smaoun, comme à Barbacha, les manifestants ayant bravé le froid et la pluie de la semaine dernière n’ont renoncé à la pression qu’après avoir obtenu des garanties des pouvoirs publics. Quant à un règlement définitif de leurs revendications ils exigent que : Selouana bénéficie du budget sectoriel et Ouandadja pourra récupérer sa source. Ce malaise n’est qu’un petit lot parmi une panoplie de misères que vivent au quotidien les habitants de ces communes, plus particulièrement ceux de Barbacha.
Des sempiternelles coupures d’eau qui durent des semaines, des états lamentables des écoles primaires et salles de soins et des ordures qui empoisonnent l’environnement constituent la véritable pièce à conviction d’une APC agonisante et affaiblie par des luttes de clans. Sinon l’état des lieux d’un chef-lieu complètement défiguré par des nids-de-poules, des flaques d’eau, des tas d’immondices et des chiens errants sont plus frappants pour y comprendre, le mécontentement des citoyens.
Nadir Touati
