La Dépêche de Kabylie : La campagne électorale prend fin. Quel bilan en faites-vous M. Boumendil ?
l Mohand Arezki Boumendil : D’abord je me félicite de ce que cette campagne se soit déroulée sans incident majeur si l’on excepte les dépassements d’un parti politique connu dans la région et dont les pratiques sont aux antipodes de la démocratie qu’il revendique.
A ce sujet, je tiens à rendre un hommage appuyé aux autorités de la wilaya de Tizi Ouzou pour les efforts consentis afin d’assurer la sécurité de tous et de réunir les conditions d’une bonne campagne électorale.
La première observation que je ferai est que malgré la multiplicité des listes, 24 au total, la campagne électorale a été plutôt timide, exception faite de la bataille de l’affichage.
A ce propos, certains concurrents ont fait preuve d’incivisme allant jusqu’à placarder leurs affiches sur des panneaux de signalisation routière. En matière de meetings et de conférences-débats, je crois sincèrement que nous avons été les seuls à avoir investi sérieusement le terrain et à avoir régulièrement bénéficié de l’écoute citoyenne.
Comment expliquez-vous le peu d’intérêt manifesté par les citoyens et votre succès relatif de ce point de vue ?
l Vous avez raison. Indéniablement, les citoyens ont majoritairement pris leurs distances vis-à-vis de la chose politique. Il y a interconnexion de plusieurs facteurs. Il y a d’abord les douloureux évènements qui ont secoué la Kabylie au cours desquels les partis politiques, plutôt que de jouer le rôle d’apaisement attendu d’eux, ont préféré s’enfermer dans des querelles de clochers et les tentatives vulgaires de récupération. Il y a ensuite la bipolarisation outrancière le long des 15 dernières années en Kabylie. Malgré les militants sincères, les guerres fratricides, les logiques d’affrontement cultivées avec soin, le mépris royal affiché par les partis à l’égard des préoccupations citoyennes, la gestion locale désastreuse… Tout cela a fortement contribué à décrédibiliser l’action politique et ceux qui la mènent.
Il faut ajouter à cela l’indigence des discours faits de litanies et de généralités plates.
Qu’a votre discours de si particulier pour susciter l’intérêt comme il l’a fait ?
l Il y a le discours mais il y a aussi l’attitude. Tous les citoyens qui ont débattu avec nous sont convaincus de notre sincérité. Et c’est fondamental. Tout le monde a noté que pendant que les partis politiques appellent avec force tapage au rassemblement des démocrates, nous, nous le concrétisons avec cette alliance qui réunit l’ANR, l’UDR et le MDS. Cette alliance n’est que la première pierre de l’édifice qui je l’espère, permettra à terme aux démocrates et républicains de conquérir le pouvoir. De même, nous contribuons concrètement à la réhabilitation du politique.
En matière de discours, nous développons un langage de vérité et nous situons les véritables problèmes sans nous attarder sur l’accessoire.
Au plan politique, nous situons sans ambages nos ennemis : l’intégrisme islamiste et le terrorisme d’une part, le sous-développement d’autre part. Nous définissons une démarche à même de mener les démocrates au pouvoir. Cette démarche passe par l’union de toutes les forces de progrès, non autour d’un leader quelconque mais autour d’un programme consensuel. Au plan économique, nous signalons l’impérieuse nécessité de sortir de la dépendance vis-à-vis du pétrole. Nous définissons les grandes orientations à prendre en matière de développement et les réformes urgentes à entreprendre, qu’il s’agisse des systèmes fiscal et bancaire, du foncier, du système éducatif, etc… Nous avons enfin innové en matière d’attitude politique. Nous avons convaincu nos concitoyens de la nécessité d’approches politiques nouvelles. Comme nous refusons la soumission au pouvoir, nous rejetons l’opposition de principe. Nous soutenons tout ce qui nous semble bon pour le pays d’où qu’il vienne. Et nous nous opposons à tout ce qui est nuisible d’où qu’il vienne. C’est ce que nous appelons faire “la politique autrement”.
Avez-vous préconisé un traitement particulier pour la Kabylie ?
l Evidemment. Il est inconcevable qu’une région qui a été à l’avant-garde de tous les combats tant pour la libération du pays que pour les libertés démocratiques soit à la traîne en matière de développement. Aussi proposons-nous “un plan ORSEC pour la Kabylie” qui prend en charge tant le volet sécuritaire que le volet développement et la réorganisation du découpage administratif.
Avez-vous émis des propositions précises en dehors de ce que vous appelez plan ORSEC ?
l Je vais vous étonner. Contrairement aux autres compétiteurs qui y vont de leurs 100, voire 150 propositions, je n’en ai formulée qu’une seule. Elle consiste en la promotion et la mise en pratique de la démocratie participative. Il s’agit de la mise en place dès l’été prochain d’un conseil consultatif d’émanation citoyenne pour le développement de la Kabylie. Car, me semble-t-i, il ne saurait y avoir développement sans implication citoyenne.
Un message particulier ?
l Je comprends le désenchantement des citoyens et leur méfiance légitime à l’égard des politiques. Qu’ils sachent qu’à travers la coordination républicaine autour de l’ANR, l’UDR et le MDS, quelque chose de nouveau, de novateur, qui renouvelle l’espoir, est en train de naître.
Boycotter ou s’abstenir n’a jamais résolu quoi que ce soit. J’appelle donc les citoyens à voter massivement le 17 mai.
Je m’adresse tout particulièrement à mes amis politiques qui seraient tentés par le boycott et qui risquent, ce faisant, d’armer davantage leurs adversaires de toujours. Votez donc massivement.
Entretien réalisé par Khaled Zahem
