En attendant un réel développement

Le transport est constamment disponible pour rejoindre cette commune, les prix aussi, ne sont pas élevés, ce qui explique l’important trafic de passagers entre le chef-lieu de daïra qui est Tigzirt et Iflissen. A cela vient s’ajouter le progrès réalisé, grâce au revêtement de la CW 252, qui relie ces deux localités. Finis les désagréments que cause cette route. A présent le voyage offre une partie de plaisir et de douceur. On sent qu’Iflissen n’est pas vraiment loin. Pour atteindre le chef-lieu, il faut traverser la plupart des villages de cette commune. A commencer par Taksebt, Idjaâd Larbi, Ihadaden, Bouklal etc. Le chef-lieu est au sommet de la montagne qui surplombe la Méditerranée. Ce chef-lieu semble être une terre à l’abandon. Il n’a été aménagé et construit que depuis la naissance de la commune. En guise de distinction par rapport au reste de la commune, dans ce lieu qui a pour nom Agouni Moussi, on a bâti quelques bâtiments, installé la garde communale, un centre culturel, un centre postal, un CEM et le reste, ce sont des locaux commerciaux qui grâce à eux, le chef-lieu, connaît un certain rythme de vie. La mairie se situe à plusieurs centaines de mètres, plus loin de l’arrêt principal des bus. Un vieux, croyant être à la poste, s’est dirigé vers le siège de la mairie. « Ici c’est la mairie, mon père, la poste, elle est de l’autre côté », répond gentillement, un employé, à ce septuagénaire dérouté. Il est vrai, que c’est difficile de reconnaître que nous sommes à la mairie, car en guise d’indication, il n’y a que l’écriture, écrite à même la façade, à l’entrée principale. Dans le hall de l’APC, on peut vite deviner l’état de cette commune. On est à l’heure de l’attribution des aides à l’autoconstruction. Des dizaines d’actes de possession établis chez le notaire, ont été placardés dans ce hall, pour information.

Dans le sillage de la relance économique, la commune commence à respirer. Contre la crise du logement, la localité a bénéficié de la construction de 40 à 50 logement sociaux participatifs, et la construction de 40 logements sociaux, dont la moitié a été répartie pour les nécessiteux.

Le bureau du maire se situe à l’étage supérieur. En empruntant les étroits escaliers, on se retrouve devant un couloir qui contient un grand nombre de bureaux. Le maire nous accueille avec un sourire et un éclat de rire. Il était déjà occupé. Dans son bureau, deux employés, du service de l’urbanisme s’affairent à étudier les dossiers des demandeurs d’aide à l’autoconstruction. « C’est la première fois que je reçois la presse dans ma commune », nous disait M. Chalala,le P/APC membre du parti FLN, âgé d’une cinquantaine d’années. Il semble et à l’instar de beaucoup de ses semblables, lutter à contre courant des insuffisances dont souffre sa commune. Chaque journée passée, il faut déployer beaucoup d’effort pour gérer le quotidien de cette municipalité et penser à trouver des échappatoires capables de la délivrer du sous-développement et du déshéritement. Avant qu’elle ne soit une commune, cette région est l’un des berceaux de la Révolution nationale. Sa géographie rude et escarpentée a fait des enfants de cette terre des révolutionnaires qui ont donné corps et âme pour que vive l’Algérie. La célèbre opération L’ »oiseau bleu », a eu pour théâtre les maquis de cette commune. L’un des employés présent au bureau du maire, informe que la télévision algérienne a diffusé un petit document au sujet de l’opération « L’oiseau bleu », mais ce dernier avoue n’avoir rien compris de ce qu’il a vu à l’écran, du fait qu’il ne comprenait pas la langue avec laquelle, ce document a été diffusé. Selon eux, cette opération qui a coûté la vie à des milliers de moudjahidine, et qui a dérouté toute les forces coloniales, est peu connue de nos jours. Elle souffre de médiatisation et de mise en valeur, alors qu’elle constitue l’un des événements les plus importants de la Révolution contre l’occupation française. Dans le sillage de la relance économique, la commune commence à respirer. En politique de lutte contre la crise du logement, la localité a bénéficié de la construction de 40 à 50 logement sociaux participatifs, et la construction de 40 logements sociaux, dont la moitié a été répartie pour les nécessiteux. Cette commune dont la population est de 15. 000 habitants a bénéficié de 46 aides à l’autoconstruction, d’une valeur de 500. 000 DA chacune. Quant au nombre des demandes au niveau de l’APC, il dépasse les 350 mais selon les autorités locales, d’autres aides seront débloquées, une fois cette première opération achevée. Pour le reste des besoins de la commune, les élus doivent se contenter du maigre plan de développement communal (PCD) pour entretenir les artères des villages, de l’assainissement et de l’AEP. Au sujet de ce dernier point, Iflissen vit constamment dans la pénurie d’eau. Pour cause la défaillance de la chaîne d’alimentation dite MTI (Makouda-Tigzirt-Iflissen). Depuis 3 ans la commune ne bénéficie plus de l’eau de cette chaîne, réalisée à grand coût de milliards de dinars. Au début, les services de l’APC tentaient de la réparer, mais avec le temps, elle s’est beaucoup détériorée. A présent la commune pense recourir au système de captage de sources, en vue de faire face à cette crise d’eau. Dans le cadre du plan national du développement agricole, Iflissen a bénéficié d’un important projet de mise en valeur des terres de cette commune. Ces projets, dénommés Iflissen 1 et 2, ont pour objectif la relance de l’agriculture dans cette région, par la création d’un millier de postes d’emplois et la mise en valeur de plusieurs milliers d’hectares de terres. Ces projets lancés en 2001, sont toujours en cours, mais selon certains observateurs, sont un demi-échec, du fait que les résultats escomptés sont loin d’être réalisés. A titre d’exemple, l’on cite le manque d’adhésion des agriculteurs de la région, des retards dans les réalisations, et les difficultés rencontrées pour la gestion de ces terres, vue que la plupart sont en départage entre des familles propriétaires. En plus de ce ratage, Iflissen, tourne le dos à d’autres richesses, qu’elle recèle. La commune est littorale avec 20 km de côtes. Cet autre trésor est à l’abandon et, non exploité. La mer reste cette « créature » qu’on admire de loin, sans songer à l’exploiter et la rentabiliser. Même les habitants la fuient. Plus de 90% de la population s’est concentrée dans la montagne. Avec l’absence de toute politique de lancement de projets touristiques notamment, la splendide côte de cette commune reste à l’état sauvage. « Nous voulons lancer le tourisme, mais nous manquons terriblement de moyens pour atteindre cet objectif », nous disait le maire de cette commune avec un sentiment d’impuissance. En attendant, peut-être, une vraie politique de tourisme, le formidable littoral est envahi par les faux investisseurs qui s’adonnent au commerce anarchique et illégal de l’alcool et de celui de la prostitution et ce, en profitant de la conjoncture que traverse le pays depuis plus d’une décennie. En plus du potentiel du littoral et de l’agriculture, Iflissen jouit aussi d’un important patrimoine historique. Ces trésors historiques, on peut les retrouver au village de Taksebt, qui se situe à mi-chemin entre Tigzirt et Iflissen. Ce patrimoine, qui date de l’époque romaine et bien avant, reste à l’abandon, non-valorisé et très mal exploité. En attendant que le soleil d’une nouvelle ère se lèvera sur Iflissen, cette commune déshéritée, continue à se débattre dans le sous-développement et la misère alors que ses richesses et ses potentialités sont d’une valeur inépuisable.

Mourad M.