Comme à chaque fin d’année scolaire, l’heure est au bilan. A partir d’aujourd’hui, dimanche, en plus des évaluations scolaires pour le passage aux classes supérieures, les candidats des trois paliers du système éducatif (primaire, moyen, secondaire) seront soumis au cap décisif. Après une longue année de labeur et d’efforts, c’est la fièvre. Au bout de la chaîne : décrocher un billet pour changer de pallier, du primaire au moyen, du moyen au secondaire, du secondaire au supérieur. Alors, c’est le stress. Effectivement, les candidats sont sous haute pression. A quelques jours du BEM, nous sommes allés à la rencontre de certains parmi eux. « Nous sommes exténués, pour ne pas vous dire simplement fatigués. Imaginez un élève de 4e AM à peine âgé de seize ans et parfois moins, travailler au collège huit heures par jour sans compter les cours supplémentaires faits ailleurs et les devoirs quotidiens. Bien que j’obtienne de très bons résultats, je ne dors plus. C’est la trouille », nous dira Feriel, une jeune collégienne, fille d’un couple d’enseignants. Sa camarade a saisi cette opportunité pour exposer ses problèmes : « D’un côté, on est harcelé quotidiennement par nos professeurs qui veulent terminer le programme dans certaines matières. De l’autre, ce sont nos parents. Ils exigent de nous un BEM avec une très bonne moyenne », enchaîne Souad. Lors de notre petite enquête, nous avons aussi rencontré des élèves qui se plaignent non seulement de cet horaire qu’ils assimilent à celui que doit effectuer un saisonnier dans un chantier, mais surtout des programmes chargés. « Comme si c’est pour la première fois que le BEM est organisé, nos professeurs veulent à tout prix nous faire ingurgiter toutes les connaissances. On dirait que c’est la fin du monde », ironise Amine, un autre élève qui semblait désintéressé.
D’autre part, les professeurs essaient de justifier cette pression. « Le programme est trop chargé, je l’ai terminé en catastrophe même si depuis le début de l’année, je faisais des heures supplémentaires. Le chapitre concernant l’optique m’a pris beaucoup de temps. Il fallait le faire. C’est une nouveauté par rapport à l’ancien programme », nous a précisé un professeur de physique. Tout comme ce dernier, d’autres sont unanimes à dire que les programmes sont chargés. « Les élèves sont devenus des automates. Il n’y a aucune autre activité dans nos établissements ; et puis, beaucoup de parents commettent cette bêtise de confier leurs enfants à des enseignants moyennant des sommes d’argent faramineuses. Quand l’enfant va-t-il se reposer ?, s’interroge un professeur de français dans un collège. Les élèves de l’enseignement moyen sont soumis à cet emploi du temps draconien, cela ne veut pas dire que les candidats au bac le sont moins. Au niveau du secondaire, eu égard à l’âge des lycéens, la situation est tout autre. En plus des programmes difficiles, l’examen auquel ils s’attendent est pris au sérieux. Tout comme leurs camarades collégiens, les lycéens évoquent la fatigue, le stress…
« Je vais repasser mon bac pour la deuxième fois. L’année dernière, je l’ai raté de peu. J’espère que cette fois-ci sera la bonne », nous répond Amel avec une pointe d’optimisme. Quant à Adel, il voit les choses autrement. « Ce n’est pas facile de réussir quand les moyens manquent. Même si des cours de soutien nous sont dispensés les lundis après-midi, cela ne veut pas dire que le bac est acquis, ajoutant qu’ »il faudrait réduire le contenu des programmes et surtout le nombre d’élèves par classe, sinon comment travailler dans une classe de soixante élèves ? ».
En définitive, le constat est fait, les programmes sont surchargés. En plus de cela, on dirait que certains élèves sont sous le « bizutage », comme au sein des sectes. En outre, il y a lieu d’ajouter un autre facteur tout à fait nouveau : les élèves doivent impérativement réussir pour satisfaire surtout les voisins. Car, pour les parents, si leur enfant ne réussissait, ce serait un « deuil familial ». Devant toutes ces pressions, les candidats malchanceux commettent parfois l’irréparable, ils vont jusqu’au suicide ou à la fugue. Il faudrait aider les enfants à réussir de manière rationnelle en évitant de les harceler. En conclusion, beaucoup reste à faire dans le système éducatif, notamment en offrant aux enfants des disciplines récréatives : musique, sport, dessin et autres activités d’éveil. Décrocher un diplôme sous la pression n’est pas une fin en soi.
Amar Ouramdane
