Racines et mutations

Le courant salafiste djihadiste n’est pas, vraisemblablement, une organisation avec structures et commandement central, mais part de convictions morales et idéologiques distinctes s’inspirant d’une même logique, celle de combattre  » l’impie « , comprendre l’Etat et la société en général.

Il appelle au djihad, c’est-à-dire adopter la violence et les tueries délibérément contre l’Etat et tous ceux considérés comme impies.

Ce courant désavoue et réprouve les lois établies, les partis politiques, les institutions de l’Etat, la démocratie grosso modo, tous les politiques, intellectuels. Il espère à travers ses actions, renverser le systeme politique établi et instaurer un nouveau systeme.

C’est pour ces raisons que le courant salafiste djihadiste refuse l’acte politique et croit en la violence comme unique solution pour l’instauration d’un Etat islamique, où la gouvernance totalitaire sera de mise, un  » Emir El Mouminine « , genre de khalife à l’ère des Abbassides, tout en amputant la nation de tout pouvoir ou liberté.

Ce sont les principales croyances et convictions qui lient les différentes organisations de ce courant.

Références multiples du courant salafiste violent

Concernant les références dont s’inspire ce courant et les idées sur lesquelles il s’appuie pour légitimer ses actes, elles se situent à deux niveaux : le premier est la référence suprême et fondatrice du courant chez qui, le salafisme djihadiste tire sa légitimité.

Des références constituées principalement de deux sources, celles des écrits et audio (livres, orientations et fatwas) et celles des émirs et des chouyoukhs tels Ben Laden et Zawahiri. A ce niveau-là, il n’y a pas de différends entre les cellules du courant djihadiste salafiste qui, toutes, s’appuient sur celles-ci. Cependant, c’est au second niveau, où les références, puisées localement et considérées comme renforçatrices et répandant les références suprêmes, qui posent problème. Ces références secondaires rivalisent entre elles pour l’influence des conformistes et le recrutement de disciplinés.

En prenant en considération les limites et l’indépendance des cellules du courant djihadiste salafiste, l’une de l’autre, on constate que chaque organisation où katiba se réfère à son émir et lui obéit. C’est pourquoi, les références secondaires varient entre un groupe et un autre.

Entre le Maghreb et le Moyen-Orient

Si les organisations salafistes terroristes du Moyen-Orient puisent leur argumentaire pour terroriser les Etats de la région dans les Hadiths pour  » lutter contre les impies « , sur les terres sacrées de l’Islam, en revanche, le cas de ces organisations au Maghreb diffère du fait que la région n’est pas une terre sacrée, religieusement parlant.

Dans ce cas, ces organisations sont allées chercher des parades afin de légitimer le djihad. Celles-ci ont puisé leurs références dans les textes du Coran pour maudire « toute allégeance aux Occidentaux impies » et « tuer tous ceux qui les suivent  » ou qui initient des relations avec. Dans les deux cas, il n’y a guère de différences entre les organisations du Moyen Orient et celles du Maghreb en matière de terreur et de nuisance. Chacune d’elle puise ses arguments et références dans les spécificités régionales de chaque Etat. La seule différence est la manière d’instrumentaliser et d’exploiter les défaillances des systemes politiques locaux.

Les mouvements politiques islamistes et le salafisme djihadiste

Y a-t-il une ressemblance ou complicité entre les projets portés par les mouvances politiques islamistes et les organisations terroristes salafistes au Maghreb ? L’idéal d’un parti islamiste est d’instaurer un Etat islamique, l’application de la charia, abroger les lois établies et si c’est possible, dans certains cas, faire le djihad pour propager l’Islam. Toutes ces mouvances ne doutent aucunement de la bonne foi des djihadistes et la force qui les guide. La seule chose qui diffère entre les deux camps est les moyens à metrre afin de parvenir aux objectifs tracés initialement. Ces différences sont tactiques et loin d’être le principe même. Les mouvances islamistes ont eu recours à la violence sans parvenir à leur fin, le pouvoir. A contrario, elles en ont subi les conséquences. C’est pour cette raison qu’elles n’adoptent pas les moyens violents comme le font les djihadistes, non pas par refus de celui-ci, mais par le fait que cette violence nuit à leurs desseins et objectifs.

En définitive, la violence des mouvements djihadistes salafistes est bâtie sur des convictions idéologiques et religieuses. Les facteurs socio-économiques et politiques ou l’occupation étrangère sont de simples terreaux et ne constituent pas la source à laquelle puisent les salafistes djihadistes.

La pauvreté et l’occupation ont toujours induit des mouvements de résistance dans les pays musulmans, mais pas des tueries et des attentats meurtriers contre des innocents.

Yassine Mohellebi