« Je me retrouve pour la deuxième fois à la salle Ibn Khaldoun. La toute première remonte à 1963, j’avais à l’époque 15 ans. Je venais voir un spectacle de l’un de nos grands artistes. Je n’avais jamais imaginé que des années plus tard, cette place me serait réservée », dira l’auteur compositeur et poète kabyle, Lounis Aït Menguellet, lors de sa rencontre avec la presse, juste après son arrivée de Bejaïa, où il a animé durant les deux soirées du lundi et du mardi deux grands galas. L’artiste poursuivra également sa tournée pour deux autres soirées à Alger, aujourd’hui et demain puis à Tizi-Ouzou ainsi qu’à Bouira. Aït Menguellet s’est déjà produit, après une longue absence de la scène algéroise, il y a six mois, au théâtre de verdure. En profitant de cette rencontre organisée par l’établissement Art et Culture, la presse n’a pu s’empêcher pour arracher à l’artiste, presque toutes les réponses réclamées, sur son itinéraire artistique qui date de 40 ans de carrière tout en oubliant le nouvel album qu’il devait présenter à l’occasion. Aït Menguellet ne trouve aucune raison pour ne pas s’expliquer et « dire, clairement et encore une fois que ma ligne de conduite est toujours la même que celle d’hier. Sauf que dans le passé on m’interdisait de chanter et qu’aujourd’hui, non. Et pourtant, je reprends les mêmes textes dans mes concerts qu’avant. Je n’ai jamais fais de politique, c’est pour cela qu’on me prend pour un politicien », dira t-il. L’artiste ajoute qu’il est partisan de ce qui peut être positif pour la société et non un partisan politique. En évoquant la Kabylie, le chanteur estime que cette région est » le bastion de la révolte. Je suis mal placé pour parler de la Kabylie, mais j’estime qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. On est satisfait de notre rôle contestataire, mais il faut signaler l’insuffisance de manière positive. Il faut admettre qu’objectivement l’Algérie a beaucoup évolué. En démarrant de cette stratégie, ça nous aide vraiment à changer les choses car la vie est un éternel recommencement « , conclut t-il. Pour parler de ses projets, le chanteur envisage de former des jeunes talents afin de se spécialiser dans la composition de textes ainsi que dans la chanson, tout en condamnant l’interprétation et la reprise des chansons des grands artistes. « L’âme ne peut être que dans l’œuvre originale. J’estime qu’il faut céder et répondre aux exigences du modernisme et à la nouvelle mode des jeunes qui donnent plus d’intérêt à la composition musicale. Mais je dois dire que chez nous le texte est fondamental », dira t-il. A l’occasion, l’artiste profite pour répondre à certaines remarques des medias que sa reprise de la chanson de Cherif Khedam, lors d’un gala qu’il avait animé, n’était qu’un évènement où il lui a rendu hommage. « Je tiens à préciser un autre détail. Je compose moi-même mes textes. Mon fils Djaâfar ne me porte que son aide dans les arrangements », explique t-il. Le grand poète kabyle dira à la fin qu’en dehors du programme tracé avec Art et Culture, le concert sera aussi alimenté de beaucoup de chansons improvisées. Aït Menguellet chantera Inid (dis-nous, sage), Yennad (le sage a dit), Ettes (dors), Askuti (le boy-scout) et tant d’autres titres de son immense répertoire.
Fazila Boulahbal