La Dépêche de Kabylie : peut-on connaître comment êtes-vous devenu traducteur ?
ll Mohamed Melaz : Je peux vous dire que cela remonte à une vingtaine d’années environ. Mon premier essai de traduction a été porté sur l’œuvre de Feraoun «Le Fils du pauvre» que j’avais traduite en Kabyle. Une fois le travail terminé, je l’avais proposé bien plus tard à un membre du HCA de l’époque pour une éventuelle prise en charge. Celui-ci m’avait signifié que le HCA ne disposait pas de budget à cet effet. Depuis et à ce jour, le manuscrit moisit dans mes tiroirs. Dernièrement, j’ai appris que cet ouvrage a été traduit par quelqu’un d’autre. Tant mieux pour la littérature berbère ! Quant à la traduction de la poésie kabyle, j’avoue que c’est grâce à un ami à qui j’avais corrigé un travail qu’il avait tout de suite apprécié. Comme il venait d’achever son 2ème recueil de poésie, il m’avait sollicité avec insistance de le lui traduire. je ne pouvais pas refuser vu la confiance qu’il avait placé en moi. Une fois le livre mis sur le marché, je ne cesse d’être sollicité par beaucoup d’autres poètes dont la plupart le font par son intermédiaire. c’est ainsi que j’ai fini par traduire pas mal d’ouvrages : recueils de poésie, des contes, des romans etc…. Le dernier recueil de poésie de 274 pages que je viens de terminer appartient à un Algérien installé au Canada et auquel le travail lui a été transmis par voie d’Internet. Une grande édition française l’a pris en charge pour l’édition et l’ouvrage paraîtra bientôt au Canada et en France.
Nous avons constaté, qu’en plus de la traduction du sens du sujet, vous utilisez la rime, une particularité qu’on ne trouve pas généralement chez les autres traducteurs.
ll Vous savez, pour être franc avec vous, la traduction classique n’a aucun charme pour moi. Elle ne m’inspire pas et elle ne m’intéresse pas. Quand bien même elle est fidèle ! Je parle bien sûr de la traduction de la poésie. Parce qu’un poème est quelque chose de très beau, de merveilleux. Pourquoi donc ne pas le traduire d’une façon belle et merveilleuse puisque c’est possible. Certains pensent qu’il n’est pas évident de trouver le terme approprié dans la rime. Moi, je leur dirai qu’ils n’ont rien à voir dans ce cas là avec la langue française, partant du principe que celle-ci est une langue très riche en synonyme. j’ai fait lire une fois une traduction rimée à un enseignant universitaire spécialiste du domaine. Il m’a dit ceci : « Il est difficile de croire qu’il s’agit bien d’une traduction ! Moi, je dirai plutôt que c’est une création ».
Pourriez-vous nous citer quelques ouvrages que vous avez traduits et qui sont en vente sur le marché ?
ll Je vous cite : « Vision Intime » de Kamal Sabi qui est un conte merveilleux, suivi d’une poésie. Son 4ème ouvrage paraîtra d’ailleurs bientôt. Il y a aussi « Confidence et mémoire » de Ahcène Mariche qui est un recueil de poésie admirable où il a traité des thèmes différents des autres thèmes classiques qu’on rencontre chez les anciens poètes. Ces deux ouvrages sont disponibles dans pratiquement toutes les librairies de Tizi Ouzou. Malheureusement, ces jeunes poètes ne sont pas pris en charge par des maisons d’édition et, par conséquent, ils se retrouvent contraints d’éditer au compte d’auteur avec tous les problèmes liés à la distribution, la diffusion et autres….
Les gens vous connaissent en tant qu’enseignant et maintenant chef d’établissement. Mais rares sont ceux qui vous connaissent en traducteur de livres…?
ll C’est exact et vous avez raison ! J’ai toujours aimé passer inaperçu dans tout ce que je fais. Comme vous venez de le dire, rares sont ceux à qui j’ai confié cette passion. Je le fais pour moi d’abord parce que j’aime le faire et c’est aussi une occupation et une occasion pour m’évader du stress quotidien. Quand je traduis, j’oublie le monde et ce qui l’entoure. Aussi, je préfère traduire la poésie qu’autre chose parce que je l’adore. C’est quelque chose de magnifique. Qu’elle soit française, berbère ou autre.
Peut-on connaître vos projets futurs ?
ll Mon projet, plutôt mon rêve est de traduire une grande œuvre d’un écrivain célèbre. Un NOBEL par exemple. j y pense sérieusement. C’est un projet réalisable qui me tient à cœur. On ne doit jamais se sous-estimer. Victor Hugo a dit quelque chose de ce genre : « Quand je me juge, je me hais. Quand je me compare, je suis fier». j’ai en ma possession énormément de poèmes. Tous ceux qui sont intéressés n’ont qu’à me faire signe et me contacter. Je vais vous surprendre et par-là, surprendre toutes mes connaissances en vous avouant que des chansons célèbres ont été composées par mes soins à des chanteurs de renommée et ce, dans l’anonymat total à ce jour.
Et pour conclure ?
ll Je remercie vivement la Dépêche de Kabylie qui m’a donné cette occasion de m’exprimer. Je salue au passage le personnel de mon établissement (Boukhalfa) qui est adorable et que j’aime sincèrement. Il représente quelque part ma deuxième famille. Sans oublier bien sûr tous mes autres amis d’ailleurs : Fréha, Aghribs, Tamassit ainsi que mon cher village.
Entretien réalisé par Mourad Hammami
