Depuis les années 90 un phénomène nouveau régit les relations sociales à travers sa seule expression : la violence. Pour des futilités, pour des “ petits riens ”, pour toutes sortes de raisons que la décence ne saurait accepter, l’on en vient aux mains, pour certaines nues, pour d’autres, armées en fonction des moyens. Cela est devenu tellement quotidien que les citoyens l’ont intégré dans le quotidien, parce que ne pouvant rien y modifier.Il n’y a pas si longtemps, la société avait enfanté en son sein les moyens d’endiguer ce fléau par le biais des comités de village, de groupes de citoyens conciliateurs et réconciliateurs, mais, aujourd’hui, rares sont les villages qui ont recours à ce genre de solutions. Certains ne se reconnaissant d’aucune autorité sur les protagonistes. Le germe de la violence semé dans un moment de démence et/ou de sénilité a donné ses fruits et le quotidien le constate et ne peut que le constater.
Combien de familles ont vécu des drames engendrés par des futilités ! Combien de citoyens intègres, honnêtes et exemplaires ont vécu dans leur chair les conséquences de cette “ soif de sang ” qui transcende les raisons par l’expression des bas instincts que nulle loi ne peut refouler ? Les gens en sont à se retrouver lors des funérailles pour pleurer les disparus, parler des causes et constater les conséquences. Et, le lendemain même, la vie reprend ses droits, jusqu’à la prochaine exaction, jusqu’à la prochaine victime, jusqu’au prochain enterrement, selon un processus dont la multiplication ressemble à une hécatombe entrecoupée parfois de cérémonies de recueillement et … de fête, les mariages et les divorces s’intercalant, se chevauchant, se succédant dans une complémentarité régulière. Si les bureaux des cours de justice croulent sous les dossiers qui s’amoncellent, si les avocats y trouvent leur compte, chaque affaire étant rémunératrice, les hôpitaux, les salles de soins et les dispensaires voient dans cette affluence le signe précurseur de la disparition des paramètres ancestraux ayant toujours veillé à la bonne relation entre individus d’une même société. Aucun village n’est épargné. Quand ce n’est pas une dispute qui se termine par une réconciliation avant que le sang ne coule, c’est une vraie bataille rangée entre des groupes (d’un même village, d’une même famille ou liés par liens sociaux ou ceux sacrés du mariage) les passants ayant intérêt à ne pas interférer avec tous les risques que cela comporte pour eux. Il arrive souvent que la tierce personne, venue dans les meilleures intentions du monde, se retrouve sur une table d’opération ou même pire. Certains “ règlements de compte ” entre membres d’une même famille ressemblent à de vrais guet-apens. Les couteaux sont aiguisés au préalable, les haches retrouvent leur fil, les gourdins n’attendent que les corps sur lesquels ils devront s’abattre. Et cela se termine malheureusement par mort d’homme, les victimes expiatoires ayant été sélectionnées dans un objectif destructeur répondant à un instinct que l’homo sapiens avait su refouler en son temps.
Quand un père se retrouve sur la table d’opération à côté de son fils cadet, ignorant totalement que son fils aîné occupe un tiroir dans la morgue du même hôpital, est-ce là l’expression des sentiments filiaux et fraternels lorsqu’on a tété le même sein ? Et comment se résigner à cette agressivité familiale et sociale, les frères et les cousins se retrouvant les uns au cimetière les autres en prison attendant d’être jugés pour un “ acte ” qu’ils condamnent eux-mêmes et dont ils regrettent d’être l’auteur? La conjoncture actuelle a trouvé un associé de qualité dans la conjecture usant des instincts agressifs qui osent ressurgir des méandres d’une mémoire qui se refuse d’abdiquer devant l’arbitraire ! Hélas ! La jeunesse, active et passive à la fois, répondant à des appels condamnables d’individus ayant perdu tout sens d’humanisme, annonce déjà la couleur. Quand un citoyen sort de chez lui, pour des raisons professionnelles ou sociales, il aura à frôler les murs des habitations, à éviter les coins obscurs et peu fréquentés, à ne s’occuper que de ce qui le concerne – surtout de ce qui le “ regarde ”- à moins d’avoir à faire face à une réaction incontrôlable de certains qui ne se connaissent aucune limite.
Si un “ chauffard ” vous double dangereusement, vous porterez la responsabilité de ne pas lui avoir cédé le passage ! Si, dans le transport, votre voisin se sent le besoin d’occuper une partie de votre siège, vous n’avez qu’à vous “ faire petit ”, en attendant le prochain arrêt. Si, dans la profession, vous constatez le retard d’un fonctionnaire relevant de votre autorité, vous devez regarder ailleurs que dans la direction de l’horloge qui dénonce candidement ce fait. Si, dans une affaire de justice, un avocat plaide pour vous sans vous consulter, sans être commis, estimez-vous heureux qu’il s’occupe, à sa manière, de vos intérêts. Et ne vous avisez surtout pas de vous faire constater “ sénile, déficient mental ou incapable de veiller à vos propres intérêts ” car les appétits insatiables de votre propre progéniture vous conduiront directement à l’asile, l’objectif étant de vous empêcher de “ dilapider votre rente ” acquise après des années de labeur ! Vieillesse quand tu nous tiens !
Sofiane Mecherri
