Une vie au service de son pays

Assassiné un certain 22 juin 1993, alors qu’il venait juste d’être nommé comme directeur de l’INESG (Institut national des études stratégiques globales) en remplacement d’une autre grande personnalité de l’intelligentsia algérienne, M. Djillali Liabès, assassiné lui aussi par les sanguinaires du GIA (Groupe islamique armé) trois mois plus tôt. Membre du CCN, un parlement transitoire mis en place par feu Boudiaf, M. Boukhobza, l’auteur entre autres de  » Octobre, rupture ou évolution ?  » faisait partie de cette liste établie par les fondamentalistes algériens qu’il fallait absolument rayer de la carte pour faire briser la République algérienne en la vidant de sa matière grise et du coup instaurer leur régime obscurantiste : un Etat islamiste.  » C’était un plan diabolique visant à détruire ce que le pays avait de meilleur, de potentiel d’intelligence tourné vers le progrès, pour préparer le lit à l’intégrisme totalitaire  » rapportaient alors tous les observateurs de la scène politique algérienne, C’étaient des assassinats politiques de l’avis de la vox populi mais aussi de la classe politique progressiste et républicaine qui avaient vivement condamné ces actes abjects. En effet, l’imminent sociologue qui était l’un des animateurs du CNSA (Conseil national pour la sauvegarde de l’Algérie), qui plaidait pour l’interruption du processus électoral ( à ne pas confondre avec le processus démocratique), était la sixième personnalité assassinée par les intégristes après Hafid Senhadri, Dr Laadi Flici, l’écrivain Tahar Djaout, Djillali Liabès et Dr Boucebci. C’était alors, la plus grande consternation dans les milieux intellectuels mais aussi populaires en Algérie et à travers les quatre coins de la planète. Pour mémoire, plusieurs marches populaires ont été spontanément organisées à travers plusieurs villes algériennes pour condamner ces odieux et abjects assassinats, mais aussi résister à ce néo-fascisme tiers-mondiste de Benhadj, Abassi et leurs acolytes. La diaspora algérienne à l’étranger n’a pas été en reste pour monter au créneau, elle aussi, à Paris, Bruxelles, Madrid, Montréal, Washington …pour dénoncer ce génocide tout en interpellant l’opinion internationale sur le chaos qui guettait la nation algérienne.

Ces « lumières » algériennes pouvaient pourtant « déguerpir du bled » comme cela a été le cas pour plusieurs de leurs compères, mais ils avaient bravé la terreur, ils ont préféré la résistance. « Si tu parles, tu meurs, si tu te tais tu meurs, alors parle et meure ! » aimait à répéter l’écrivain Tahar Djaout et ces héroïques martyrs de « l’Algérie qui avance » ( encore un adage de ce dernier intellectuel). Aujourd’hui, beaucoup d’Algériens se souviennent et luttent contre cette culture de l’oubli que certains cercles complaisants avec l’islamisme politique tentent d’inculquer dans la société. Chez les forces vives en Algérie et chez la communauté algérienne à l’étranger, on parle souvent de ces martyrs qui se sont sacrifiés pour que le pays soit debout. Leur sacrifice n’est pas vain, les grains de l’espoir qu’ils ont cultivés, ont germé et continuent contre vents et marées à aimer leur patrie en semant la culture de la tolérance et de l’amour. M. Jalil Boukhobza, digne fils de son père, actuellement maître de conférences à l’université de Brest en France est l’un des meilleurs chercheurs en informatique à l’échelle européenne. En effet, Dr J. Boukhobza demeure l’un des ces cerveaux algériens qui ne se contente pas de son confort intellectuel, mais ne cesse de faire des pieds et des mains pour tisser des relations avec l’université algérienne en vue d’apporter à son pays sa coopération et son assistance dans son domaine de prédilection. Tel père, tel fils dirions-nous ! c’en est effectivement le cas. La bonne graine a germé, rassurez-vous, M. Boukhobza !

_ Une riche carrière au service de son pays

– M’hamed Boukhobza est né en 1941 à Brezina, à 80km d’El Bayadh

– Il a effectué son école primaire à El Bayadh, secondaire à Dellys, Mascara et Sidi Bel Abbes, il a eu son ingéniorat des statistiques et de l’économie appliquée  » à Rabat en 1965, puis en 1969, une licence de Sociologie (Algérie), et enfin un doctorat en 1976 à Paris-Descartes.

– 966 -> ministère de la Planification et des finances (responsable du bureau de statistiques courantes à la sous-direction des statistiques-

– 1967-1982 -> Directeur de l’AARDES (Association algérienne pour la recherche démographique économique et sociale)

– 1982-1983 -> Conseiller au ministère de la Planification et de l’Aménagement du territoire

-1983-1984 -> Directeur général de l’OSCIP (Office national pour le suivi et la coordination de l’investissement privé)

– 1984-1990 -> chef de département à la présidence de la république, chargé de l’organisation administrative et du développement local

– 1990-1993 (mars)-> chef de département chargé des Relations économiques et sociales à l’INESG (Institut national des études stratégiques et sociales)

– mars – juin 1993 -> directeur de l’INESG (en remplacement de Djillali Liabés, décédé en mars de la même année).

Ses œuvres intellectuelles et scientifiques

– « L’agro-pastoralisme traditionnel en Algérie » OPU 1982 : étude socio-historique et économique sur l’évolution de la société agro pastorale.

– « Ruptures et transformations sociales en Algérie  » 2 volumes OPU 1989 : travail de nature socioéconomique et historique sur les transformations de la société algérienne entre 1950 et 1980 (niveau de vie, mobilité sociale, migration, emploi, structure familiale …)

–  » Octobre 88 : évolution ou rupture ?  » Bouchène 1991 : ouvrage traitant de la dimension sociopolitique de la dynamique qu’a connu l’Algérie après les événements d’octobre 88.

– « Société rurale et agriculture en Algérie : Evolution, contraintes et perspectives »

– En plus de ces ouvrages, plusieurs études ont été menées par le sociologue, sur la question féminine en Algérie, sur l’islam et le monde arabo musulman, les nomades en Algérie, l’évolution socio démographique, les questions liées à la population en Algérie, les circuits commerciaux, l’indice des coûts de vie …. Ces études ont été réalisées pour son travail, et pour, entre autre, le compte de la FAO et l’université des Nations unies et/ou il a présenté des conférences internationales

Idir Lounès