L’ambition au ras des pâquerettes

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l A bien y réfléchir, le réceptionniste d’hôtel libyen aura ainsi tout dit en déclarant à un confrère qui accompagnait la JSK à Tripoli :  » Sans Yacef, vous n’avez aucune chance « . Le nouveau sociétaire du Widad de Casablanca n’a peut-être rien d’un joueur exceptionnel, mais il avait ce brin de folie et d’audace technique qui ébranlait autant l’assurance de l’adversaire qu’il bousculait l’inertie tactique de ses entraîneurs.L’Itihad de Tripoli avait de quoi faire preuve d’optimisme : le groupe JSK a éclaté et Yacef n’est plus là. Si l’employé de l’hôtel ne le savait pas, l’entraîneur tripolitain le savait. Hadj Omar Dabo pouvait être nettement plus efficace que Yacef, mais  » malheureusement  » plus discipliné. A l’image de toute l’équipe, il a fait ce qu’on lui a demandé de faire, c’est-à-dire rien pour le buteur de vocation qu’il est. Le reste du groupe a suivi, presque heureux de se voir retirer la responsabilité du risque, voire de la possibilité de gagner. En criant sur tous les toits qu’un petit point suffirait à son bonheur, Azedine Ait Djoudi a placé les ambitions de la JSK à un niveau qui ne permet pas de rêver. Dans la foulée, il a fait pousser des ailes à un adversaire qui n’en demandait pas tant. La feuille de match confirmera l’option gagne-petit. En alignant trois milieux de couloirs, il n’est pas besoin de sortir de Cologne pour comprendre qu’il avait renoncé au volume de jeu susceptible de mener à la victoire. Berramla a peut-être le fond intrinsèque pour la création, mais il n’a pas pris ainsi de responsabilité. Le pouvait-il avec un seul attaquant obligé à chaque fois de revenir au milieu chercher la chaleur de la solidarité qui lui manquait tant devant ? Et comme pour abandonner entièrement l’initiative à l’adversaire, Cherif Abdeslam était pratiquement dans la même situation au niveau de l’entre-jeu.  » En football, il n’existe pas de stratégie de partage des points et quand on peut se contenter d’un nul, il faut jouer pour gagner, parce que l’adversaire le fait spontanément dès lors qu’il aura remarqué votre disposition sur le terrain « , a dit un grand technicien du football. Et les Libyens n’ont pas mis longtemps pour confirmer les déclarations d’avant-match d’Ait Djoudi, qu’ils pouvaient logiquement assimiler à de l’intox, vu la différence de standing qui les sépare de la JSK. Avec deux libéros et un stoppeur, l’image s’est complétée. Il n’y avait que Samir Djouder, lucide mais visiblement trop naïf dans son rôle inédit de commentateur radio, pour penser que son équipe allait avancer au fur et à mesure de l’évolution du match pour soulager la défense et pourquoi pas marquer un but. De la tribune de presse, il n’a sûrement pas entendu les instructions du coach, lui qui a été convoqué pour la forme afin de pallier la défection de Marek, sacrifié comme Harkat pour entretenir l’égo d’un entraîneur livrant ses limites. Au premier match des poules, on ne commence pas à calculer. En tous cas pas en jouant le nul sans panache là où l’on a gagné sans difficulté. Surtout qu’il n’est pas dit que la JSK remportera tous ses matches à la maison. Difficile de gagner la Coupe d’Afrique autrement. N’accablons pas pour autant les…pauvres responsables de la JSK, ils n’ont jamais parlé de ça, eux qui nous invitaient presque à fêter la deuxième place du championnat. Question d’ambition, toujours.

Slimane Laouari

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