L’accusé B. A. entretenait des relations sexuelles avec la femme de la victime et avec le consentement de celle-ci (le mari) puisqu’elle acceptait d’encaisser la contrepartie financière pour « services rendus » par sa femme. C’est ce que les juges et l’assistance ont enregistré lors de l’affaire du meurtre avec préméditation et guet-apens que le tribunal criminel de Bgayet a eu à examiner hier. Appelée à la barre, la mère de la victime T. O. a expliqué au président du tribunal que bien qu’elle soit au courant des faits que tout le monde reproche à son fils, elle ne pouvait rien faire pour l’en dissuader. Et que c’est la mort dans l’âme que la famille laisse ce fils ingrat la déshonorer et mener une vie de débauche. La principale concernée, l’épouse de la victime, déclare au tribunal que feu son mari ramenait effectivement ses copains à la maison pour visionner des cassettes de films X, mais que le jour des faits, elle n’était pas à la maison, elle était en visite pour quelques jours chez ses parents, à Akbou. A la question du président, qui consistait à savoir si elle entretenait des rapports sexuels avec l’accusé, elle a répondu « non ». Cette affaire a déjà été jugée trois fois : le 27 janvier 1999, le 26 juin 2001 et le 30 mars 2003, à chaque fois le tribunal innocente l’accusé, le procureur fait appel. Les faits remontent à la nuit du 29 mars 1998 à la cité Si Nacer, dans la ville d’Ighzer Amokrane. Cette nuit-là, la mère de la victime, alors qu’elle était en train de dîner vers 21h30, entend son fils B. B., âgé de 35 ans, qui habite une maison mitoyenne, crier au secours. Elle accourt. N’ayant pas le temps d’ouvrir la porte, elle escalade au moyen d’une échelle la murette qui sépare sa maison de celle de son fils. Elle croise l’agresseur qui porte, indique-t-elle, une chemise blanche. Il lui assène un coup de poing à la figure. Elle se relève, court dans la chambre de son fils. Elle le trouve baignant dans son sang. Encore en vie, il réussit à balbutier par trois fois que son agresseur, c’est « miss ou-aïbane », (le fils du boiteux). Et le père de l’accusé, selon la mère de la victime, est effectivement un infirme bien connu à la cité Si Nacer. C’est d’ailleurs sur ce point précis, « miss ou aïbane » que le procureur bâtira tout son réquisitoire, réquisitoire au terme duquel il requiert la réclusion criminelle à perpétuité. Quant à la défense, assurée par maître Benouaret, elle a axé son intervention sur le fait qu’il n’y a aucune preuve établissant la culpabilité de son client. Au cours de sa longue plaidoirie, il pointera même un doigt accusateur en direction de la famille de la victime qui, par ce geste, s’est débarrassée de celui de par qui le scandale est arrivé. Après délibérations, le tribunal innocente l’accusé pour la 4e fois.
B. Mouhoub
