« Une nouvelle dynamique syndicale s’impose »

La Dépêche de Kabylie : Quelle lecture pouvez-vous nous faire sur la situations générale des travailleurs à Tizi Ouzou ?l Bachir Ramdani : Les travailleurs sont en train de subir des situations les plus difficiles parce que dans notre wilaya, il ne reste pas beaucoup dans les secteurs économiques, mais également au sein de l’administration. Nous sommes en train de vivre une dégressivité des effectifs mais de l’autre côté, nous ne sommes pas en train de voir de la création de l’emploi effectif pour qu’on puisse parler de la situation des travailleurs. Nous sommes en train de voir un certain nombre de palliatifs qui portent préjudice et à la voie car, on déforme la notion du besoin et aussi qui portent préjudice aux salaires parce qu’il y a des inégalités dans le cadre de la rémunération des travailleurs. Ces chômeurs ou ceux qui sont venus des compressions d’effectifs, je m’excuse, ne trouvent pas des emplois d’une façon directe mais dans le cadre d’une réponse qui n’est pas en fait complète à la notion de l’emploi.

Le 24 de ce mois, il y aura l’organisation de votre congrès de wilaya. Pouvez-vous nous parler de cet événement ?l Dans notre congrès nous allons parler et débattre sur la situation économique et sociale, mais aussi d’autres objectifs futurs qu’on attend au niveau de la wilaya et ça sera aussi un cadre qui va nous servir de faire une évaluation de nos activités passées pendant le mandat. Des problèmes que nous avons rencontrés au niveau de notre wilaya, mais aussi ceux que nous avons solutionnés et ceux que nous n’avons pas solutionnés et pourquoi ? Cette rencontre va nous permettre avec les travailleurs de faire une évaluation des choses. Porter à l’endroit de ceux qui sont nos responsables, les situations qu’endurent les travailleurs au niveau de notre wilaya. A l’endroit des responsables de l’administration, quant aux objectifs qu’on attend, car la vie des travailleurs demeure encore et ne s’arrête pas à la date de ce congrès. Aussi, une évaluation dans le futur qui portera avec tout ce qui a comme problèmes actuels qui pèsent beaucoup sur l’emploi et la situations économique et sociale de la wilaya. Réfléchir et revendiquer d’une façon stratégique une possibilité de faire régénérer au niveau de cette wilaya, que ce soit l’emploi effectif, que ce soit aussi l’investissement au niveau de notre wilaya, ce qui va nous permettre de créer des richesses. Pour qu’il y ait investissement et de l’emploi, il faudra penser à un ancrage d’un certain nombre de fondements qui vont permettre cette naissance d’une possibilité de relance des investissements et de l’emploi dans la wilaya, ce qui va nous permettre d’être optimistes du moins pour qu’il y ait demain une notion d’emploi, d’investissement et de richesse.

Vous avez établi un document sous forme d’avant-projet. Pouvez-vous nous expliquer le contenu dudit document ?l Nous avons lancé un avant-projet d’orientation qui parle de la situation économique, du service public, de l’administration et des dégressivités dont sont victimes les travailleurs, et on sait d’où elles viennent. Nous savons que ce sont des injonctions des institutions financières internationales et l’exigence de la diminution des charges publiques. On sait aussi quand on augmente la nuitée à l’hôpital pour un malade, cela veut dire qu’un citoyen sans épargne ne partira pas à l’hôpital et en contrepartie, ce sont les capacités d’hébergement qui diminuent et on pensera à la réduction du nombre du personnel. Dans l’éducation, on a parlé de la division pédagogique. On sait que cette norme se trouve à 27 élèves mais quand on se retrouve à 50 élèves, on sait que c’est l’effectif des travailleurs qui est divisé en deux, il y a aussi ceux qui sont licenciés, d’autres qui partent en retraite et qui ne sont pas remplacés, notamment au niveau de l’Education. Par cela, nous comprenons que l’administration est, elle aussi, touchée par la compression des effectifs. A travers cet avant-projet, nous avons tenté de situer le mouvement dans le secteur économique par rapport à l’économie du marché et aux injonctions internationales, mais aussi réfléchir à la dynamique syndicale qu’il faut appliquer à ce genre de réformes et de transformations de l’économie nationale. Lorsqu’on parle de privatisation, il faut penser aux travailleurs qui vont exercer dans le secteur privé. Comment peut-on répondre à leurs préoccupations et les défendre ?Aujourd’hui, on se retrouve devant un dilemme. Des travailleurs contractuels à durée déterminée et d’une façon permanente. Ils ne sont pas sécurisés pour qu’ils puissent défendre leurs droits. Nous en trouvons des travailleurs payés à raison de 5 heures et qui travaillent pendant 10 heures même dans le cadre du filet social il travaillent la même durée ! Il y a aussi le travail au noir. A ce sujet, nous avons pensé au rôle de l’inspection du travail qui doit lutter contre ce fléau, où le travailleur n’est pas sécurisé et ne peut pas se défendre. Pour ce faire, il faut enclencher et renforcer les mécanismes de contrôle pour que la législation du travail soit respectée. Pour lutter contre ces situations dramatiques que vivent les travailleurs et ces palliatifs dont use l’Etat à la notion du chômage, il faut mettre en place une dynamique syndicale capable de faire ancrer une possibilité de sécurisation des travailleurs au niveau de notre wilaya.

Quel est le poids de la représentativité de votre organisation au niveau de la wilaya ?l L’organisation de l’UGTA est bien gérée au niveau de l’instance, à l’endroit du travail. Nous en avons les chiffres et les cotisations avec toutes les statistiques par secteur, par géographie, etc… Les dites statistiques font de l’UGTA une instance bien organisée sur le plan organique et sur le plan matériel qui a placé auprès du travailleur, est prête à répondre à n’importe quel moment aux besoins édictés par la législation en vigueur et qui concerne la représentativité. Nous avons tous les moyens de le démontrer contrairement aux autres. Quel est votre point de vue par rapport aux syndicats autonomes ?l Je suis une personne qui se situe dans la démocratie la plus totale. Je me mets au-dessus du pluralisme. Je crois au pluralisme et je crois en mon organisation, je crois aussi au travail, car on ne peut pas représenter des travailleurs sans pour autant être à leurs côtés, sans pour autant s’inquiéter de leur situation sociale, si on ne vient pas à régulariser un certain nombre de situations socioprofessionnelles formulées quant il faut, à l’endroit qu’il faut et d’être présent pour intervenir à chaque fois qu’on est sollicités par les travailleurs. C’est ça le modèle du syndicalisme acquis et auquel je crois en tant que secrétaire général.

… Et pour conclure ?l A toute conjoncture socio-économique, il faut répondre par une nouvelle dynamique syndicale. C’est une obligation pour nous d’être là où il faut pour répliquer syndicalement à cette situation où est l’Algérie sur le plan économique. On parle de l’économie de marché, de privatisation, d’accords d’association avec l’Union européenne, de l’adhésion de l’Algérie à l’OMC, tout ça bien sûr, nous le comprenons parfaitement et dans quel contexte on est situé. Devant la mondialisation, les transnationales et de leurs exigences, les bouleversements et changements que doit subir l’Algérie sur le plan socio-économique, nous devons réfléchir aux travailleurs, mettre en place une dynamique syndicale qui va permettre aux travailleurs à l’endroit où ils sont de pouvoir se défendre et d’avoir une organisation syndicale qui peut réellement les prendre en charge et les défendre. Enfin, je souhaite à ce que le congrès soit un endroit de débat démocratique où tous les travailleurs syndicalistes qui seront présents et qui ont eu la chance d’être élus congressistes, de venir, de s’exprimer librement, de porter leurs préoccupations à l’endroit des responsables concernés et de travailler à ce que notre structure soit une union de wilaya capable de prendre en charge leurs préoccupations.

Entretien réalisé par Mourad M.