Espoir et désillusion

Dans quelques jours, les délais de l’Ordonnance promulgué en février 2006, portant applications des dispositions de la Charte pour la paix et la Réconciliation nationale expireront. La publication de cette ordonnance donne aussi des détails sur l’application de cette Charte qui a été adoptée le 29 septembre 2005 par référendum populaire. Le texte est structuré en sept chapitres. En effet, si les délais accordés aux terroristes pour déposer les armes en vue d’une réinsertion sociale était de six mois à compter de la promulgation de l’Ordonnance présidentielle, les pouvoirs publics ont convenu d’élargir les délais pour les autres volets, à savoir l’indemnisation des familles victimes de terrorisme et familles des disparus jusqu’en août 2007. L’avenir de la Réconciliation national est-il pour autant compromis ? Les partis d’opposition qui ont contesté le projet cher à Bouteflika, du moins dans les formes, sont ces mêmes partis qui ont adopté des démarches plus au moins similaires durant les années de braise. Il y a lieu en effet de faire un constat sur cette démarche qui, n’a pas laissé indifférent promoteurs et détracteurs n’ont pas lésiné sur les arguments tant pour la promouvoir, que pour la critiquer.

Un constat s’impose

Les dispositions portant paix et réconciliation nationale ont clairement déterminé les responsables de la décennie qui a ravagé le pays : le FIS. Outre cette condition, le pouvoir politique a opté pour un traitement social de ce qui est appelé depuis, la tragédie nationale. Si bien même si que la volonté de résoudre la crise la plus sanglante a vécue l’Algérie existe, la manière n’y est pas toujours présente. L’absence d’un traitement politique de la crise, aggravée par le manque d’un débat clair et franc sur la question et le blocage des réformes, freinent l’aboutissement de cette démarche. Le président de la République a légitimement cru que les terroristes islamistes se rendront une main tendue qu’ils se rendront à l’évidence que l’Algérie n’est pas l’Afghanistan, que les Algériens se sont démarqués de leur conception et qu’ils ont (terroristes) échoué. Durant la campagne référendaire, le président Bouteflika, a bercé l’espoir que les groupes armés renoncent à la violence et rejoindre le processus, afin de donner une chance de succès à la réconciliation. Néanmoins, la réalité est tout autre. Les terroristes islamistes des GIA, MIA ou du GSPC, n’ont jamais déterminé leur champ d’action dans la seule Algérie. Ils n’ont point de conception nationaliste, ni même territoriale, les terroristes islamistes se sont inspirés du modèle de combattants algériens et étrangers dits afghans. Pour preuve, en est la dernière trouvaille des sbires de Droukdel, alias Abou Mousaâb Abdelouadoud, émir du GSPC, seul groupe terroriste en activité après l’anéantissement du GIA. En effet, ce groupe terroriste vient de faire allégeance à la célèbre nébuleuse  » benladinienne  » qu’est Al-Qaïda. Des attentats spectaculaires sont commis par cette organisation, devenue désormais porte-parole de Ben Laden au Maghreb.

L’organisation terroriste de l’ex-GSPC a réaffirmé son appartenance idéologique, celle de mourir et de semer la mort, dans un objectif dont elle mesure l’impossibilité d’y parvenir ; une république islamique, théocratique.

Autre fait révélateur : le nombre restreint de terroristes qui ont déposé les armes. En effet si aucun chiffre officiel n’a été établi, on estime ce nombre à quelques dizaines de terroristes s’étant rendus aux services de sécurité. Fait dramatique les personnes qui ont (re) gagné le maquis, soit afin de de bénéficier d’indemnités, soit pour autres facteurs dépendant principalement du fond socio-économique.

Les leçons de la charte

 » Je vais m’engager dans une mer profonde. Un engagement plus dangereux que celui de la guerre de Libération… « , déclarait, le président Bouteflika lors d’un de ses nombreux meetings en faveur de la Réconciliation nationale. Est-ce un signe de difficulté annoncé ? Ceci résume peut-être l’ampleur des dégâts et des séquelles hérités de la crise multidimensionnelle qu’a connu le pays. Si le président de la République a choisi de régler la crise dans son volet strictement social, à la rigueur, situer les responsabilités, c’est qu’il a préféré contourner les graves conséquences et séquelles laissées par ce conflit. Les retombées de la crise étant tellement énormes qu’il faudrait peut-être pour l’Algérie des dizaines d’années avant de s’en remettre. Les leçons de la Charte se doivent d’être conséquentes, en matière d’ouverture démocratique, de lutte contre l’islamisme politique et son corollaire le terrorisme. Les réformes sont appelées à s’accélérer, aussi bien au niveau de l’Etat, de la justice, de l’économie ou de l’éducation.

Les familles des victimes du terrorisme, celles des disparus et les milliers de travailleurs licenciés durant les années sanglantes ont obtenu leurs indemnités, du moins dans leur majorité, elles commencent à panser leurs blessures, si bien que le dossier des disparus reste des plus alambiqués. Un dossier qui reste à élucider au grand désespoir des familles. Le président de la République, malgré les pressions constantes des islamo-conservateurs du FLN et du MSP qui l’entourent pour prolonger, voire éterniser les délais en faveur des groupes armés et leur offrir plus de concessions, s’est rendu à cette lapalissade. La lutte antiterroriste reste le seul salut pour notre pays afin de parvenir à la stabilité et partant marquer le début d’un processus de reconstruction pour relever les défis de la paix, de la sécurité et du développement auxquels le pays est confronté.

Yassine Mohellebi