Le Autrefois, seules les personnes qui n’avaient plus personne au monde cherchaient refuge dans les hospices de vieillards. Et encore très souvent, ces personnes trouvaient un parent éloigné, parfois même un étranger, qui les prenaient en charge. Aujourd’hui, un grand nombre de locataires de centres pour vieillards ont des familles. Des enfants même qui, au crépuscule de leur vie, et souvent après les avoir dépouillés de leurs biens, les mettent à la porte. Le vieux n’a pas de pension à remettre à la fin du mois ou alors il tient une pièce de la maison : alors, on se débarrasse de lui comme d’un chiffon usé ou d’un meuble cassé. A l’indépendance, il n’y avait que quelques hospices, laissés par la colonisation, aujourd’hui, ils sont vingt-huit et leur nombre est loin de répondre à la demande. C’est à croire que l’Algérien, pourtant connu pour le respect dû à ses ascendants, a changé en une génération, de mentalité et de comportement ! On explique cette « évolution » négative par les conditions de vie des familles qui ne cesse de se dégrader mais cet argument n’est guère recevable puisque des familles qui vivent dans le dénuement ne rejettent pas leurs parents ! C’est la perte des valeurs ancestrales, basées sur l’affection et l’entraide mutuelle, qui explique le mieux cette situation. Dès lors qu’on ne peut plus tirer profit d’une personne, on la jette ! Il est rassurant que tous les Algériens ne soient pas contaminés par cette mentalité mais il est à craindre que beaucoup, cédant au « matérialisme » et à l’individualisme ne sacrifient leurs aînés en les mettant dans les centres de la honte. Les centres de notre honte.
S. Aït Larba
