l Enthousiasmés à rejoindre l’autre rive de la Méditerranéen parfois au péril même de leurs vies, les postulants à l’Immigration redoutent le chemin du retour – attachés au siège de l’avion, jambes et mains menottées – une fois l’espoir de la conquête de l’Eldorado, tant rêvé, s’est nourri du poids des mois et des années écoulés. Qu’importe les conditions ! Ainsi, sous la menace d’une imminente expulsion, la fameuse conquête du terrain rêvé, devient un véritable cauchemar. Edifiant, est le cas des 50 grévistes de la faim dont 25 sont originaires de Kabylie à Lille. Ils subissent les affres de la privation depuis plus de deux mois. Une eau sucrée et du sel constituent leur seul et unique aliment. Ils n’abdiquent pas, mais résistent au déni et au non-respect de la dignité humaine.
Témoignage : Lundi 20 août 2007. 10h15, le téléphone du bureau régional (Béjaïa) de “la Dépêche de Kabylie” résonne. Au bout du fil un Algérien sans papiers de Lille. Après une formule de courtoisie d’un digne civilisé, il nous fait part de ce qu’endurent 25 Algériens, d’origine kabyle, depuis plus de deux mois. Il a plaidé la cause de ses compatriotes qui, dit-il “subissent le calvaire d’un vécu, d’un quotidien et d’une cainte commune”. Notre interlocuteur n’a pas pu faire durer son discours pour longtemps mais, une promesse de nous rappeler et en sa compagnie le porte-parole du collectif des sans papiers nous a été formulée. Chose promise, chose dûe. Vers 18h, le téléphone sonne de nouveau. La même personne au bout du fil mais, cette fois juste pour nous aviser que Saïd Bouâmama, porte-parole du CSP est à ses côtés. Ce dernier prend le relais pour brosser un tableau sur la situation dramatique des sans papiers lillois. “Je viens juste de sortir de la préfecture, là, le préfet de Lille m’a signifié un black-out total”, se désole t-il. “Il a fait la sourde oreille sur l’accord passé entre le collectif des sans papiers et la préfecture en 2004”, a t-il ajouté. “Un véritable déci !” s’insurge Saïd Bouâmama. Autrement dit, le CSP réclame la régularisation des grévistes. C’est là ou réside le nœud gordien du fait que, les deux parties sont en lutte frontale. Dans le cadre de la politique officielle de la France sur l’Immigration, Brice Hoktfeux, ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du co-développement, écrit dans une tribune libre publiée par la presse française “qu’en matière de flux migratoires, la lutte contre l’Immigration illégale restera une priorité absolue. Grâce à la politique pragmatique menée par le gouvernement précédent, sous la conduite du ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, les reconduites effectives à la frontière ont augmenté de 140% entre 2002 et 2006. Nous resterons très ferme pour 2007, l’objectif est de 25 000 éloignements. Les étrangers “sans papiers” n’ont pas vocation à rester en France, mais à être raccompagnés dans leur pays d’origine, de manière volontaire en contrainte”. En termes galants, les autorités en charge du dossier parlent de 25 000 éloignements pour 2007, dont la manière ressemble aux procédés de la police vichyssoise. A voir la manière avec laquelle ont été reconduits 120 personnes vers leurs pays d’origine ainsi que les centaines d’arrestations, Brice Hortfeux, semble déterminé à atteindre ses objectifs. Le destin des 25 Algériens, grévistes de la faim, ainsi que 25 autres d’origine africaine, demeure pour l’heure inconnu. Seront-ils expulsés ? Auront-ils un titre de séjour ?
D. Saïche
