Akerrou est un petit village de la commune de Ait Khellili niché sur un piton qui fait face au nord où l’on aperçoit la vallée du Sébaou et, par delà la région d’Azazga. La seule route y menant demeure le chemin de wilaya 150 qui relie le chef-lieu de daïra (Mekla) à Ain El Hammam en passant par le chef-lieu communal d’Agoulmim, route sinuant sur le flanc de la montagne dite de Ait Khellili.
Peu avant d’arriver à la piste qui mène au village lui-même, l’on passe sous l’école primaire du village. C’est là que la plupart des lauréats d’aujourd’hui ont débuté leur scolarité. Pour une population estimée à près de 3 000 âmes (y compris ceux qui n’y résident pas en permanence), Akerrou est constitué de 25 familles, plus ou moins apparentées les unes aux autres.
Les résultats au bac 2007 n’ont fait que des heureux. Même ceux qui ont été recalés se sont fait un devoir de partager la joie de leurs… cousins et cousines. C’est dire que la liesse est générale.
Comment ne pas se sentir fier, lorsque les résultats sont aussi probants ? Seize (16 ) nouveaux bacheliers (9) jeunes filles et 7 jeunes hommes dont les cœurs ont battu à l’unisson) ont ressenti les effets de l’émotion à l’appel de leur nom, devant toutes les personnes réunies, en présence de leurs parents et de leurs proches venus les soutenir. Les joues ont rosi. Les yeux ont brillé. Car le comité du village n’a pas failli à son habitude de veiller aux intérêts de la population, même si le geste se veut symbolique, compte tenu des moyens et sans participation aucune des autorités locales.
Une petite cérémonie a été organisée en leur honneur, à la cantine de l’école primaire où les citoyens étaient nombreux. Il fallait voir la joie qui se lisait sur les visages, non seulement des lauréats eux-mêmes, mais aussi et surtout des parents. Un grand-père, recevant le prix en l’absence de son petit-fils, n’a pas pu retenir ses larmes, la gorge nouée par l’émotion et les mots se bousculant sur ses lèvres. Chacun et chacune y est allé de son petit mot, de sa petite phrase, résumant globalement le contentement général et la fierté somme toute légitime. Ne manquaient que les officiels qui avaient d’autres tâches à accomplir en ce vendredi de ferveur.
Occasion pour Abdenour B. président du comité, de rappeler toutes les actions entreprises par le comité, surtout sur la question du bureau de poste d’Akerrou dont on vient de procéder au choix de terrain pour son assiette.
« Nous avons demandé beaucoup et monsieur le wali a entendu notre appel lors de la visite de travail qu’il a effectuée dans notre région en attribuant un budget spécifique au village.
Une chose est sûre : la poste de Akerrou ne tardera pas à reprendre du service et nous n’aurons plus à nous déplacer. Des projets verront bientôt le jour afin que nos concitoyens bénéficient des avantages du 20ème siècle ». Cela s’ajoute, a tenu à le préciser un membre du comité, au budget alloué au village dans le cadre de l’aménagement et dont les travaux ont débuté depuis peu. « Avec ces 20 milliards de centimes, nous améliorerons la situation de notre village et cela donnera du travail à nos jeunes. Le cadre de vie de notre communauté ne s’en portera que mieux. Notre action, conjuguée à celle des autres comités a été d’une grand secours pour résoudre les problèmes de fonctionnement du CEM d’Ait Khellili qui a reçu la visite du ministre de l’Education, il n’y a pas si longtemps ».
Il faudrait ajouter à cela qu’en cette fin du mois d’août, les autorités communales ont accepté de mettre deux bus à la disposition du comité de village de Akerrou, pour permettre à tous les élèves admis aux examens de sixième et du BEM de passer un week-end au bord de la mer, à Azzefoun. Tous les enfants s’en donneront à cœur joie, la rentrée scolaire frappant déjà aux portes. Le comité prend en charge les autres frais, les parents eux-mêmes sont invités à participer à cette randonnée.
Les membres du comité déploient des efforts louables au service de la communauté. Peut-on oser espérer que cette « soif de servir » puisse se communiquer à travers les villages à tous les comités les « contaminant » avec cette maladie dont on a oublié les effets et qui se nomme le « civisme et la citoyenneté » ? Qui se rappelle encore les « Djemaâ » d’antan qui ne lésinaient pas sur les moyens au service de la communauté ? Verra-t-on, un jour, leur résurgence ?
Sofiane Mecherri
