Les rites de l’été

On ne finira jamais de répéter que c’est la « saison des pauvres ». Il est désigné par tout le monde comme une saison de convenances personnelles et de relaxation. Une perception bien différente de celle du poète qui chante l’été « j’aime l’été avec son herbe fauchée et ses oiseaux légers ». L’été, c’est d’abord les fêtes, à savoir les mariages, les fiançailles et les circoncisions. C’est aussi, les « waâdas » en offrande à Dieu dans les lieux saints. Les voyages en pèlerinage dans les lieux saints « Hammam Salihine », « Sidi Khaled El Marsa », « Hammam Sidi Yahia » et Chikh Mohend. C’est la période des vacances et des congés et le retour de tous les enfants natifs du village qui travaillent et habitent ailleurs et surtout le retour des émigrés. Ce sont les longues veillées la nuit entre familles et voisins et les retrouvailles avec tous les enfants natifs du village venus pour un séjour de détente dont le choix de cette venue est dictée par la nostalgie du pays. Cette année, Dieu seul sait si on aura droit à ces fruits qui symbolisent l’été. Les figues fraîches et les figues de barbarie, fruits, de l’oponce dont les arbres et les cactus ont subi des dommages suite aux chutes cycliques de neige de l’hiver dernier. Les virées vers les champs au petit matin pour ramener ces fruits ne feront peut-être plus partie du calendrier des rites de l’été, du moins pour cette année. Ces gens, que Mouloud Feraoun a vu à la table des restaurants ouvrir la figue au couteau, la saupoudrer de sucre fin, et la prendre du bout des lèvres par petits morceaux font pitié. N’auront plus droit à ce sacrilège ». Selon lui et comme le veut la tradition, « c’est en une bouchée que cela se mange. Il faut arracher le pédoncule assurer le lait qui suinte et se l’offrir toute entière, telle qui Allah nous la donne. Car elle est parfaite comme un mets divin qui n’a pas besoin d’apprêts ». Pour Apollinaire qui avait dit « Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie ». Je me permettrai de le parodier à la forme négative pour dire : Il n’y a plus de figues de barbarie sur ces cactus en Kabylie.

Hamid Meradji