La chronique de Slimane Laouari
Les Algériens devraient finalement se contenter de ce pâle cliché en médaillon publié par tous les journaux d’hier pour mettre un visage sur le nom de Smain Lamari, patron du contre -espionnage décédé. Par admiration, par haine ou simplement par curiosité, beaucoup pensaient qu’ils pouvaient découvrir un profil assez net de l’officier de l’ombre qu’il a toujours été. Au delà de la fascination, classique, dirions-nous que les services secrets ont toujours exercé sur les gens ordinaires, le rapport des structures et des hommes du renseignement algérien est un peu spécial. L’évolution de cette relation, ou le mythe a toujours eu sa part, a connu deux périodes nettement distinctes même si elles sont liées par un même cordon dont la nature est à l’évidence d’ordre politique. La première n’a inspiré que la peur. De la fameuse « Sécurité Militaire », il ne doit pas y avoir beaucoup d’Algériens qui ont retenu autre chose que cette image d’une machine répressive forte et froide, secrète et tentaculaire, contrôlant tout et épiant tout le monde, un peu à la manière des redoutables KGB, Securitate et autres Stasi.
Il n’y a pas pour autant que du mythe dans cette réputation qui n’a sûrement pas été usurpée. Bachir Hadj-Ali, Hocine Zahouane et beaucoup des militants de la cause berbère en savent quelque chose.
Et jusqu’à l’ouverture politique de 1989, l’image est restée la même, puisqu’il n’y avait pas de raison particulière pour qu’elle change. L ‘arrêt du processus électoral et le terrorisme allaient changer la donne. Des partis, des personnalités politiques, des intellectuels, des artistes, des syndicalistes et des militants associatifs parmi les plus irréductibles opposants ont inauguré un autre rapport à l’institution militaire d’une manière générale et aux services de sécurité de façon particulière. Face au pire qui menaçait le pays d’effondrement, ils découvrent non seulement la force de frappe qui pouvait nous en prémunir, mais aussi une institution résolument engagée en faveur du projet de modernité, qui est le leur.
Des noms pour la plupart inconnus jusque-là commençaient à sortir de l’ombre pour incarner cette option. Même si pour des raisons évidentes ils sont restés relativement discrets, ils ont souvent rassuré. Fallait-il mieux les faire connaître, opposer leur image de héros à celle de sinistre réputation des terroristes qui ne manquaient pas, eux de relais, y compris chez des médias censés leur mener la guerre ? Certains le pensaient sincèrement, mais la question a son côté professionnel qui ne peut être tranché par des souhaits d’ordre politique ou sentimental. Le général Smain Lamari, qui a vécu une longue maladie dans la dignité et la discrétion est parti comme il a toujours travaillé. C’est sans doute ce qu’il aurait souhaité, mais pas forcément ce qu’il a mérité comme adieux.
S. L
PS : J’ai été particulièrement écœuré par la réaction nauséabonde de Hicham Aboud à la mort de Smaïn Lamari. Ancien commandant du DRS reconverti dans l’opposition en terre parisienne, Hicham Aboud aurait dû s’imposer un peu de retenue. Surtout que son propos, pour des raisons évidentes liées à son parcours manquent terriblement de crédibilité. Adieu mon Général, merci pour tout le mal que tu as fait aux terroristes.
salimlaouari@yahoo. fr
