La Dépêche de Kabylie

Kendira, commune au visage défiguré

La dernière escalade incendiaire a horrifié en paysage de Kabylie à plusieurs endroits là où les flammes ont ravagé des forêts entières et les maquis couvrant les cimes et les reliefs de cette région montagneuse, qui a perdu ainsi son charme. Que lui reste-t-il pour plaire après que le tsunami infernal a anéanti tout ce qu’elle possédait en richesses naturelles. A l’instar des autres régions, Kendira vient de perdre une bonne partie de ses espaces verts laissant un panorama désolant de nature morte. Trois jours ont suffi pour qu’un important massif forestier d’Afroun soit entièrement calciné et son pin d’Alep et chêne, l’essence dominante de cette montagne soit réduit littéralement en cendres. Les flammes ont dévasté toute la végétation de cette montagne allant d’Est en Ouest sur une longue distance sans que les efforts des pompiers aidés par des citoyens et de la commune ne puissent en venir à bout.

Les difficultés d’accès et la flore très combustible sont les éléments aidant à la propagation rapide des flammes lesquelles ont détruit l’une des plus importantes chaînes montagneuses, située de surcroît au centre de cette commune.

Comme un nez sur le visage, car partageant la commune en deux parties, cette dernière est quasiment défigurée offrant un paysage horrible.

D’une altitude de 1 300 mètres, le sommet nous offre une vue imprenable sur toute la vallée jusqu’au mont de Gouraya et de l’autre côté à la lisière de Sétif et Bordj Bou Arréridj, cette montagne que l’on nomme localement Aabas est certainement maudite. Elle venait juste de retrouver son vert boisé après le gigantesque incendie des années 70, ayant dénudé son relief. Il a fallu donc attendre plus de 30 années pour voir cette forêt renaître de ses cendres, et ce au grand bonheur des paisibles habitants des localités riverains qui trouvaient un immense plaisir à admirer ce massif boisé. Le rêve de retrouver leur forêt était éphémère, car, lundi dernier un nouveau brasier ayant pris naissance au lieu dit Tifiras a dévasté en trois jours tout ce que Dame Nature a pu reconstruire en trois décennies. Les habitants qualifient de véritable désastre ces derniers incendies qui n’ont pas épargné également les arbres fruitiers sur leur lancée.

Des champs de figuiers limitrophes aux maquis incendiés ont été la proie des flammes qui ont même menacé quelques habitations au niveau de Bourached. Cette forêt, qui, naguère offrait un air pur et oxygéné s’est vite transformée en usine de fumée asphyxiante polluant toute la région.

Les habitants impuissants à sauver ce paysage paradisiaque ont subi les affres d’une atmosphère toxique et insupportable. Personne ici ne peut ignorer l’initiative humaine à l’origine de ces feux dévastateurs. La main criminelle est évoquée à maintes reprises. Il s’agit pour ce citoyen très touché par la destruction de cette richesse naturelle, d’un acte délibéré de quelques énergumènes inconscients des conséquences désastreuses et qui cherchent à détruire des forêts entières afin de récupérer un peu de bois sec utilisé comme combustible pour le chauffage ou pour faire fuir les sangliers menaçant leurs cultures. Peu importe les prétextes, il s’agit d’un acte abject à condamner et les pouvoirs publics doivent redoubler d’efforts pour protéger la flore et la faune représentant des réservoirs de richesses incommensurables. Dans une commune comme Kendira où il n’y a aucune association écologique, les moyens sont dérisoires pour protéger ces forêts qui n’ont de protection que le Ciel. Le manque de sensibilisation, l’absence de corps de sécurité et de poste de Protection civile dans toute la daïra de Barbacha fait appréhender que les derniers carrés restants de maquis ne soient à la merci des pyromanes qui agissent en toute quiétude. La misère et la cherté de la vie peuvent pousser certains à commettre l’irréparable. L’exode rural fait des ravages ici, les paysages lugubres n’ont fait que l’encourager. Que va devenir une Kabylie sans montagne verdoyante ?

Nadir Touati

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