Une stèle érigée à Tseâtach n’Zaouia

Depuis sa création, le comité de village Tadukli porte à bras-le-corps tous les problèmes de tous ordres : sociaux, historiques et culturels. Ce comité vieille à la réhabilitation, ô combien porteuse de symboles de tous les hauts lieux du village : De la place dite Tseâtach n’Zaouia (dix-huit cannes) en passant par la mosquée de Sidi Boubekeur jusqu’au mausolée de Djeddi Ahmed Moussa à Iderouazen. Après avoir octroyé le cimetière d’Iderouazen où existe un tombeau vénéré par la population, le comité s’attelle à la réhabilitation d’un autre lieu qui n’est autre que celui du tombeau de Sidi Ahmed Boumhala, un grand sage du village. En effet, sur invitation du comité, nous nous sommes rendus cette place que les militaires de la force coloniale avaient baptisée durant la guerre « place d’Italie ». En revanche, les Tafoughaltais lui ont toujours gardé son vrai nom en raison de l’histoire qu’elle véhicule. Arrivés sur les lieux, nous avons trouvé les villageois en train de réhabiliter le tombeau et d’ériger une stèle au milieu de la place. « Depuis près deux ans nous nous sommes livrés à des longues recherches historiques sur cet homme inhumé au centre de cette place, et nous avons pu tout de même trouvé des choses extraordinaires au sujet de ce sauveur. Alors, nous avons décidé de faire quelque chose. Et voilà, nous sommes passés à l’action », nous expliquera en premier lieu Arezki Tifaoui, un membre du comité. Non loin de notre interlocuteur, celui qui a conçu le plan, en l’occurrence Yahia Mechai, un autre membre nous donnera d’autres détails : « Nous avons d’abord commencé par la réhabilitation du tombeau. Ici, nous installerons des grilles protectrices. Cette stèle haute de trois mètres sera éclairé de jour comme de nuit. Sur chaque face en marbre bien sûr, sera gravée la biographie de Sidi Ahmed Boumhala dans les quatre langues : tamazight, arabe, française et anglaise. Quant aux pierres tombales, elles seront placées inclinées sur le tombeau ».

De son côté, Sadek Bendali en sa qualité de président du comité dira que le village a renoué avec la solidarité et la fraternité et qu’il va toujours en avant.

Sidi-Ahmed Boumhala est un homme pieux qui a étudié le coran comme d’autres membres de sa famille qui le feront par la suite. Il est né à la fin du dix-huitième siècle. Etant l’un des cheikhs les plus vénérés d’Iflissen, il a été de tout temps sollicité pour intervenir avec d’autres pour régler des problèmes non seulement de la région, mais aussi d’ailleurs. Dans son village, il a été reconnu comme tel parce qu’il a tout fait pour mettre fin à une guerre entre deux familles de son village après qu’il ait fait appel à dix-sept autres sages venus de dix-sept zaouias. Selon l’histoire racontée à son sujet, le règlement de cette situation qui allait plonger tout le village dans un bain de sang a duré neuf jours. Les patriarches invités au conclave s’il convient de le désigner de la sorte ont convenu enfin à une sortie honorable au conflit, il ont alors planté leurs dix-neuf cannes en dix-neuf arbustes qui symbolisent la fraternité et la paix à la place d’Ikharven. Désormais, ce dernier lieu a pris le nom de Tseâtach N’Zaouia. Alors, Sidi Ahmed Boumhala fut enterré dans cette place, une manière pour les Tafoughaltais de pérenniser cette action qui ramena définitivement la paix dans le village. Depuis, les sages de Tafoughalt sont sollicités pour apporter leur grain de sel à tout autre problème.

Amar Ouramdane