« Je suis toujours à Berbère Télévision »

Profitant de ses vacances en Kabylie nous l’avons approché et il a bien voulu répondre aux questions de la Dépêche de kabylie. En plus de sa profession de journaliste, il a bien voulu nous livrer son constat sur la culture et la Kabylie en général.

La Dépêche de Kabylie : Que ressentez-vous alors que vous êtes en vacances en Kabylie à vivre ces moments avec les siens.

Mohamed Amalloul : Avant tout, je remercie votre quotidien qui m’a offert cette occasion de m’exprimer. A chaque fois que nous rentrons au pays, nous ressentons beaucoup de choses. On dit que la valeur d’un village est grande alors que nous, nous sommes petits. Le village est la source de tous les bonheurs, de toutes les richesses. Il se dresse là passionnément en admirant le va-et-vient de ses enfants, qui émigrent à l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Nous revenons au pays avec beaucoup de nostalgie et d’amour.

Des téléspectateurs disent qu’on vous voit moins à BRTV ?

Je suis parmi les personnes qui ont créé et animé Berbère Télévision. Je n’ai jamais quitté BRTV. Un contrat moral me lie à cette chaîne et à la Kabylie, car je les aime beaucoup. Si j’apparaît moins, c’est qu’il y a des raisons d’ordre professionnel. Je prépare un concours très difficile qui aura lieu au mois de juin de la prochaine année.

Mon recul réside dans cette raison. Mais je peux les rassurer que j’ai toujours un pied à Berbère TV, et les gens de cette chaîne, du patron jusqu’à l’animateur sont tous mes amis, je n’ai de problèmes avec personne, j’aime tout le monde et tout le monde m’aime et la vie continue.

On vous a vu cet été en train de réaliser des reportages notamment à Azzefoun, Tigzirt, Ath Yanni, etc. Signe que vous êtes actif ?

Quand j’ai un peu de temps à l’exemple de mes vacances en Kabylie, je n’hésite pas à en profiter pour tenter de faire quelque chose, avec honneur et plaisir. Encore une fois je les rassure et à chaque fois que je suis là, je reste à la dispostion de ma Kabylie.

Il y a des gens qui disent que de plus en plus, les programmes ont moins de qualité à BRTV ?

Je dirais à ces gens-là qu’ils proposent donc quelque chose. A mon sens si je ne propose pas quelque chose à quelqu’un, je ne peux exiger de lui la qualité. Ces gens-là peut-être ignorent ce qu’est une TV. Cette dernière a besoin d’argent, de moyens humains, des animateurs, des ingénieurs… Il faut que les gens sachent que la BRTV n’a pas 20 ans ni 30 ans. Elle n’a que 7 ans. Elle est financée par une seule personne. Elle essaie de faire de son mieux pour faire quelque chose. Je suis persuadé qu’avec le temps et l’aide de notre jeunesse, les choses vont s’améliorer. D’ailleurs, les choses sont en train de s’améliorer. Il y des téléspectateurs qui viennent s’abonner chaque jour. Je pense qu’elle est en bonne voie. Je défie ces gens-là et je leur dirai qu’à chaque fois qu’il y a un scoop ou une information au sujet de la Kabylie, on, le voit à Berbère TV. Les gens se trompent en comparant BRTV à TF1 ou autres. On en est loin. Dans ces grande chaînes, toutes les émissions sont du PAD (Prêt à diffuser), exemple Arthur ou Foucault… Pour TF1 ou les autres on leur vend des PAD. Berbère TV, c’est elle-même qui produit, elle envoie ses animateurs avec le peu de moyens qu’elle a, si les kabyles veulent réellement plus de qualité ils n’ont qu’à contribuer. Il faut s’abonner en masse. Ce n’est pas uniquement pour la BRTV, de même pour les revues, les journaux, etc. A nos jours cette culture nous fait défaut. Au lieu de s’abonner on pirate.

En plus de Berbère TV vous avez d’autres activités, à l’exemple de la radio…?

Ma première émission je l’ai animée en 1988 à Radio Plurielle de Lyon. Cette radio comme son nom l’indique, tourne avec une centaine d’animateurs. J’anime une émission qui s’intitule Patrimoine et Traditions. Une émission destinée pour la communauté kabyle établie en région Rhône-Alpes. C’est un rendez-vous très attendu et très suivi par la communauté kabyle. Grâce à cette émission nous avons invité tous les artistes kabyles transitant par Lyon. Nous avons réussi à soigner des enfants malades. Durant les évènements de kabylie, nous avons soigné des jeunes blessés. L’émission est un véritable repère kabyle. En plus de mon émission de vendredi Patrimoine et Traditions, l’on anime une autre émission le dimanche qui s’intitule Kabylie en fête, une autre émission le samedi sous le titre Timlilit. Toute cette équipe active pour notre identité. En tout une quinzaine de personnes réalisent ces trois émissions. Grâce à cette radio, il y a eu une rue qui porte le nom de feu Matoub Lounès en plein centre de Van Vaulin, l’esplanade Matoub-Lounès en plein centre de Vienne Ver Chasse sur Rhone. Ce sont des réalisations importantes. Toutes les générations à venir connaîtront Matoub Lounès. C’est incroyable. Il y a aussi le Square Kateb-Yacine à Saint Priace, on s’est battu corps et âmes pour immortaliser les noms de ces personnalités kabyles à tous ces lieux. Nous ne sommes par là uniquement pour le folklore.

Quel constat pouvez-vous faire au sujet de la culture berbère en général ?

Je ne suis pas Monsieur culture. Je ne suis qu’un simple kabyle, comme tous les autres qui constatent en même temps que moi. Mon constat, je pense qu’il est le même chez tous les Kabyles. Le constat est amer. Je suis pessimiste concernant la culture, la langue et le mouvement en général. La kabylité, la culture, le combat ont besoin de moyens financiers, des hommes et des femmes ainsi qu’une politique saine. Pour moi, il n’y a rien de ces points cités.

En Kabylie, il n’existe pas de politique saine. Il y a ce qu’on appelle « une pollution politique ». Nos partis politiques ne se soucient pas de la Kabylie. Ce qui nous a conduit à cette réalité. Ce qui a provoqué la mort des jeunes durant le Printemps noir de Kabylie. Dans d’autres pays lorsqu’il y a des manifestations de rues, ce sont les élus que l’on retrouve aux premiers rangs. Ce sont les députés qui prennent les écharpes. Ce ne sont pas les jeunes qui meurent. Ici c’est le contraire. Je n’ai jamais vu un politique ayant péri dans des manifestations. Au contraire ce sont les jeunes qui meurent. Il y a un vide politique en Kabylie. La facture, je l’imputerai à cette politique. Qui devrait défendre la culture, la jeunesse, la région c’est la politique. A cela s’ajoute l’hypocrisie des gens qui ont de l’argent. Un patron kabyle n’a pas la culture de donner de l’argent. Il débloque de l’argent pour ériger des bâtiments pour s’afficher depuis Mammeri et Matoub, il n’y a plus de prises de consciences. Ajoutée un grand déficit dans les idées et la pensée. A chaque fois qu’il y a un militant qui émerge on le récupère et il change de fusil d’épaule, comme disait feu Matoub Lounès. L’épaule sur laquelle la culture s’est reposée s’est penchée d’un autre côté.

Dans ce cas, quelles sont vos suggestions ?

Je souhaite que les choses évoluent positivement. Mes suggestions c’est de dire à ces gens qui sont nos portes-paroles en culture en politique ou autres, qu’ils soient honnêtes. Loin de toute corruption et opportunisme. Lorsqu’il y aura un minimum d’objectivité, d’honnêteté et de transparence, je crois que nous serons en mesure d’arracher des acquis pour notre cause.

Pour terminer, quel est votre message pour les téléspectateurs qui vous aiment, ainsi que pour nous tous Kabyles ?

A mes téléspectateurs, je leur dirais : je vous aimes aussi. J’éprouve un amour fou pour ma Kabylie. Je les rassure en leur disant que je resterai le même. J’ai refusé plein de fois des propositions contraires à mes convictions et mes principes. Je préfère mourir avec ma simplicité, encore une fois je les adore. Tout ce que je fais que ce soit dans les villages ou ailleurs, c’est bien pour eux. Je ne suis pas un donneur de leçons. Loin de là.

Entretien réalisé par Mourad Hammami