Khaled, de la cité CNEP à Brooklyn

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Il est là depuis trois semaines uniquement. Comme Seddik, il a gagné à la loterie. Sa joie de se retrouver au pays de l’oncle Sam brille dans ses petits yeux. Lui aussi, il vient de Saoula (Alger). Il a de la chance de trouver quelqu’un comme Seddik. Ce dernier lui tient la main depuis qu’il a atteri à l’aéroport J.-F. Kennedy. Seddik l’oriente aussi et se déplace avec lui quand il se met à chercher du travail. Au moment de notre rencontre, Khaled vient de dénicher un poste. Il travaillera dans une compagnie de magasins de vente d’habillement pour femmes et hommes. Pas en tant que vendeur car il parle très mal anglais. Il travaillera dans les stocks. Quand son employeur lui téléphone, au moment où Seddik nous fait visiter New York, Khaled éprouve des difficultés à s’exprimer et à comprendre ce que lui dit son correspondant. Il a fallu donner l’appareil à Seddik pour que les deux hommes s’expliquent enfin. Son employeur lui demande de passer pour finaliser les formalités.A trois, nous nous empressons vers l’endroit où se trouve la compagnie. Nous pensions à des bureaux spacieux avec des décors de luxe. Il n’en est rien. C’est dans une baraque qu’on se retrouve et les formalités ont été liquidées en moins de cinq minutes. On a demandé à Khaled de ramener quelques papiers administratifs le jour, même pour qu’il puisse prendre fonction dès le lendemain. Khaled a l’air soulagé. Une fois le problème de travail réglé, il se met à narrer ce qu’il y a dans son cœur. Avant, il n’a rien dit de la nostalgie qui régnait dans son fin fond. Maintenant, il se met à se décharger de ses sentiments. Il ne parle pas de Saoula ni de sa famille. Dès qu’il sut que nous sommes Tizi Ouzéen, il se met alors à parler de cette ville comme un amoureux parlerait de son ex-copine. Pourquoi Tizi Ouzou ? Tout simplement parce qu’il y a travaillé et vécu pendant ces trois dernières années. Avant d’aller à New York, Khaled bossait à la Caisse nationale de l’assurance chômage (CNAC) dont le siège se trouve à la cité du 20-Août de Tizi Ouzou, communément appelée cité CNEP. Khaled nous donne les noms de quelques jeunes du quartier avec lesquels il avait partagé le meilleur et le pire. Beaucoup de nostalgie se dégageait de ses paroles. Vu l’attachement qu’il montre à la ville de Tizi, nous lui demandons : «Pourquoi tu parles ainsi de Tizi Ouzou qui n’est pourtant pas ta ville ?». Il réplique : «C’est ma ville puisque j’ai vécu des moments intenses là-bas. J’ai à Tizi des souvenirs inénarrables…». Nous essayons de deviner qu’il y a été tombé amoureux. C’est le seul argument objectif qui expliquerait un tel attachement. Il ne veut pas confirmer.Amoureux ou pas, Khaled pense à Tizi Ouzou, même en étant dans le métro, sous le fleuve de Brooklyn. Lorsque Seddik nous a dit qu’en ce moment le métro dans lequel nous sommes est au-dessous du fleuve, c’est-à-dire que étions sous l’eau de la rivière, nous avons eu la trouille. Cette trouille se transformera en émotion quand nous descendons du métro et nous retrouvons devant le World Trade Center en ruine.

Aomar Mohellebi

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